Mieux gérer ses émotions

Une version audio de cet article est disponible sur Patreon

Point d’étape au 17/05

Heeeyyy! Comment ça va, depuis le temps? Je ne sais pas vous, mais j’ai l’impression qu’il s’est passé une éternité depuis mon dernier billet. Il faut encore que je m’habitue à ce nouveau rythme.

Depuis la dernière fois, j’ai eu le temps de recopier à l’ordinateur le brouillon de ma nouvelle, et c’est un beau bébé de 9 621 mots. Enfin, beau… Pour ne pas me retrouver bloquée, j’ai décidé de ne pas essayer de modifier le texte en le copiant. Mon but était vraiment juste d’avoir une version « tapuscrite » sur laquelle travailler.

Je suppose qu’à un certain niveau, ce quasi-premier jet est assez propre : toutes les phrases sont à priori grammaticalement correctes, et je fais peu de fautes d’orthographe. Je sais qu’il reste des répétitions, des tournures pas très élégantes, des facilités; mais je sais que je peux y remédier assez facilement.

Ce qui m’intimide davantage, ce sont toutes les zones d’amélioration que j’ai perçues en le copiant : si le point de vue du héros est désormais à peu près cohérent, il reste sous-développé. L’univers est également à peine esquissé; j’aimerais le creuser et ajouter quelques descriptions (c’est de la fantasy, après tout!).

Pour beaucoup d’écrivains, c’est peut-être une formalité. Pour ma part, j’avance dans l’inconnu total, et je ne vous cache pas que ça m’occasionne un peu d’anxiété. Pour cette raison, je pense que je vais suivre les consignes d’un cours de révision de manuscrit que j’ai acheté l’an dernier.

Et rien que de vous le dire, d’avoir admis ce que je ressentais et de m’être engagée sur un plan de route me rassure déjà beaucoup. Une transition parfaite pour le sujet d’aujourd’hui…

TDAH et dysrégulation émotionnelle

Dans mon article consacré à la motivation, je vous ai confié que je n’avais aucune autodiscipline. Que j’avais tendance à me laisser détourner de mes objectifs par la panique, dès que le moindre obstacle ou imprévu se profilait à l’horizon… En lisant ça, vous vous êtes peut-être dit : « Ce que tu as n’est pas un problème d’organisation, mais de gestion de tes émotions! »

Et vous auriez raison. Saviez-vous que la dysrégulation émotionnelle est un des symptômes du TDAH? (Toujours pas de diagnostic officiel, mais toujours plus convaincue que ça me concerne.) Concrètement, ça se traduit par : de l’hypersensibilité, des sautes d’humeur et des réactions perçues comme excessives par les neurotypiques.

J’aurais bien aimé que ce soit plus connu, et qu’au moins l’un des pédopsychiatres que j’ai vus durant mon enfance ait fait le rapprochement… Ça m’aurait (peut-être) évité la honte d’avoir un problème psy aussi mystérieux qu’incurable, et tous les comportements autodestructeurs que j’ai développés à l’adolescence pour réussir à garder le monstre à l’intérieur…

Cela dit, même si on n’a pas de TDAH ou qu’on n’est pas particulièrement sensible, on a toujours intérêt à prendre soin de son hygiène émotionnelle. Tous les aspects de notre vie peuvent y gagner!

« L’éléphant dans la pièce »

Pour moi, la première étape a été d’admettre à quel point mes émotions affectaient mon comportement, et que je pouvais y faire quelque chose.

Il est surprenant, avec le recul, que cette évidence ne me soit apparue qu’il y a quelques mois. Mais le fait est qu’on parle très peu de l’influence des émotions sur notre capacité de travail, alors que, dans ma vie, elles sont à la base de tout. À la base de tous mes projets, de toute mon activité, de toute ma productivité.

On parle plutôt d’état d’esprit (mindset). De croyances limitantes, de peur de l’inconnu, de zone de confort, de syndrome de l’imposteur… Or, pour moi, l’état d’esprit découle directement des émotions. Je ne sais pas si c’est juste moi et mon TDAH, mais je passe très souvent d’un état d’esprit à son opposé dans la même journée.

Par conséquent, travailler son état d’esprit comme si celui-ci avait la moindre stabilité, ou qu’on avait une prise directe dessus, ne me semble pas pertinent. Je préfère remonter à la racine du problème.

Empathie et légitimation

Je l’avais aussi évoqué dans mon précédent article : aucune des méthodes habituelles pour recadrer son état d’esprit — affirmations positives, explorer son « pourquoi » ou écrire/relire un manifeste — ne fonctionne sur moi lorsque je suis en proie à une émotion intense (ce que sont la plupart de mes émotions). Or, c’est bien le seul moment où j’en aurais besoin…

J’ai un fils de 7 ans maintenant, et j’ai fini par comprendre que c’était pour la même raison qu’on conseille aux parents de ne pas se lancer dans une leçon de morale tant que l’enfant est en pleine crise. Ça ne sert à rien; il n’est pas en mesure de vous écouter. Il faut d’abord que l’émotion retombe. Ensuite seulement, on peut parler rationnellement.

Si on ne vous a jamais appris à gérer vos émotions, il n’est heureusement pas trop tard. Vous pouvez toujours être votre propre parent.

La chose la plus importante que j’ai apprise en m’intéressant à la parentalité positive, à laquelle je n’aurais jamais pensé, parce que personne n’a jamais fait cela pour moi, c’est de légitimer les émotions de l’enfant sans jugement. Ce qui peut être très difficile, quand ces émotions nous semblent infondées, ou quand elles se manifestent de façon inappropriée, voire dangereuse…

Prendre son « pouls » émotionnel

Un préjugé courant est justement que, si l’on compatit avec l’émotion de l’enfant, on encourage la façon (pas toujours constructive) dont il les exprime. En réalité, c’est l’inverse! Une fois l’émotion nommée et reconnue comme légitime, l’enfant se sent compris, entendu. Parfois, cela suffit pour qu’il passe à autre chose. Sinon, on peut au moins entamer un dialogue pour tenter de trouver une solution.

Je le sais, parce que c’est pareil pour moi! Cependant, comme je ne suis qu’une seule personne, je n’ai pas le recul ou le regard extérieur automatique d’un parent sur son enfant. Alors, ce recul, ce regard extérieur, je dois le créer.

C’est ce que je fais désormais au début et à la fin de chaque session de travail : à même ma liste de tâches, je note le niveau de ma motivation de 1 à 5, puis deux ou trois émotions, sentiments ou sensations que j’éprouve.

Parfois, le seul fait de m’autoriser à exprimer que « j’ai pas envie » me suffit à le surmonter : j’ai pas envie, mais je vais le faire quand même. Et, si le « j’ai pas envie » est trop fort, le définir me permet alors d’agir en conséquence. Si je me sens anxieuse ou submergée par l’ampleur de la tâche, j’ai peut-être besoin de la décomposer en plus d’étapes. Si je me sens fatiguée, je peux changer mon emploi du temps pour faire quelque chose de plus stimulant ou, à l’inverse, de moins exigeant.

Refaire l’exercice à la fin me sert de bilan. Si ça s’est bien passé, je tiens à le souligner. Si ça ne s’est pas très bien passé, ça m’aide à faire la transition. Parce que je déteste m’arrêter sur un échec, j’ai tendance à m’acharner au détriment de ce que j’avais prévu pour le reste de la journée… Reconnaître ma frustration, encore une fois, m’aide à la laisser derrière moi.

L’hyperfocus, ou quand on aime trop ce qu’on fait

Et, en parlant de transitions… J’ai tendance à perdre énormément de temps dans les transitions, jusqu’à des jours entiers! Or, avec plusieurs tâches à finir par semaine, un tel rythme n’est pas tenable. Certes, comme tout le monde, je procrastine. Mais à cela s’ajoute un autre phénomène… l’hyperfocus.

En gros, même quand tout va très bien, il m’arrive de faire n’importe quoi. Si je suis trop à fond dans une tâche, je n’arrive plus à décrocher.

Pendant longtemps, j’ai cru que, pour contrer mon indiscipline, j’avais intérêt à commencer la journée avec ma tâche prioritaire. Sauf que, quand on a du mal à s’arrêter, ça finit souvent par être la seule tâche à laquelle on touche de toute la journée. Et comme « prioritaire » n’est pas synonyme d’« urgente »… Vous voyez où ça coince.

L’après-midi, je suis obligée de m’interrompre : je dois aller chercher mon fils à l’école, et la cloche sonne à 15 h 35. Par contre, tout ce qui est plages horaires à l’intérieur de la journée… Aïe! J’ai fini par comprendre qu’il ne servait à rien de découper mon temps de travail au-delà de « matin » et « après-midi ».

Et que, si je voulais me donner une chance de respecter l’heure du lunch — et de faire autre chose l’après-midi —, je devais commencer non par la tâche prioritaire, mais par celle qu’il me serait le plus facile d’arrêter. En général, il s’agit de la tâche la moins intéressante pour moi. Rien à voir, donc, avec une quelconque priorité…

Concilier famille et travail

Voilà, j’ai partagé avec vous mes quelques trucs, en espérant que ça vous inspirera à imaginer vos propres solutions créatives et personnalisées! Un dernier rappel : apprendre à gérer nos émotions est un travail constant, qui n’a pas de fin. Et il ne se limite pas non plus à nous rendre plus productives, plus aptes au travail.

Depuis le début de l’année, j’ai surtout mis mon attention sur mon travail. Et je ne me fustige pas pour ça, parce que je sais qu’on ne peut pas tout changer d’un coup, s’intéresser à tout à la fois. Mais, en creusant la question des émotions, il m’est vraiment apparu qu’il n’y avait pas lieu de séparer sphère pro et sphère perso. Parce que nos émotions, elles, passent allègrement de l’une à l’autre…

J’ai souvent le sentiment d’un jeu à somme nulle : tout ce que je donne à mon travail, je l’enlève à ma famille, et vice versa. Pourtant, en apprenant à gérer mes émotions,  il est évident que je donne aux deux à la fois… Et n’ai-je pas montré dans cet article même comment une compétence qui me vient de la parentalité peut me servir dans mon travail? Ou encore, comment certains impératifs perso apparaissent mieux sous un éclairage pro?

Je ne suis pas seulement une écrivaine, une éditrice ou une travailleuse autonome; je suis aussi une mère (ou un parent), une conjointe, une amie. Et ces différents aspects ne font pas que cohabiter ou entrer en conflit : ils s’informent et s’enrichissent l’un l’autre. Par exemple, un enfant, c’est des contraintes, une charge que je serais la dernière à nier; mais c’est aussi une structure, des défis qui changent constamment et une source d’apprentissages infinie.

Ces temps-ci, je traverse un gros questionnement quant à ce que je veux faire de ma maison d’édition, et je crois que j’ai envie de laisser toute mon expérience personnelle, et pas seulement professionnelle, guider la façon dont je vais redéfinir mon travail et ma mission…

Si vous voulez suivre mon cheminement, je vous invite à vous inscrire à ma liste de diffusion :

En cours de traitement…
C’est fait! Vous avez été ajouté-e à ma liste.

Vous pouvez aussi me procurer gratitude et motivation en me soutenant sur Patreon pour le prix d’un café par mois! Et je vous remercie si vous le faites déjà.

Et vous, comment vivez-vous avec vos émotions? Avez-vous mis en place des pratiques qui vous aident à vous écouter? Des rituels pour vous aider dans vos transitions? Si oui, j’aimerais beaucoup savoir lesquels!

Bilan du trimestre : Oser le mécénat

Point d’étape au 15/04

Puisque je bloque décidément entre l’écriture de mon brouillon et sa retranscription sur ordinateur, j’ai décidé de considérer cette étape comme ce qu’elle est réellement : une réécriture. En effet, je ne recopie jamais mon brouillon tel quel. J’en profite toujours pour l’améliorer.

Or, pour une raison que j’ignore, ce qu’il m’était auparavant naturel d’improviser représente désormais pour moi un travail cognitif trop exigeant. Il faut donc que je le décompose et que je m’autorise à y aller à plus petits pas.

Pour commencer, j’ai relu le brouillon entier de ma nouvelle sur Hélène et Pâris, en me contentant de noter tout ce qui devait être amélioré. J’avais beau être satisfaite de ce premier jet, j’ai découvert à cette occasion un problème de fond : une incohérence de personnalité chez mon héros. Cela explique sans doute en grande partie mon blocage…

J’ai ensuite réécrit (toujours au brouillon) les passages dont le fond allait devoir être changé pour remédier à cette incohérence. Et maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver du temps pour gravir la marche suivante dans mon nouveau processus…

Est-il paradoxal que je manque de temps pour écrire, alors que je prends actuellement le temps d’écrire dans ce blog? Justement. Je voulais vous en parler.


Pourquoi je compte mes heures

L’un des outils indispensables à mon travail d’éditrice indépendante, c’est ma « comptabilité horaire ». Autrement dit, le compte précis du temps que je passe à travailler, et sur quelles tâches.

En effet, mon temps de travail est limité. Il est notamment limité par les horaires d’école de mon fils : quand il est à la maison, je ne peux pas travailler, car je dois être disponible. Bien sûr, il n’a pas constamment besoin de moi, et c’est plus fréquent que l’inverse que j’arrive à grappiller des heures ou des demi-heures de travail en soirée et en fin de semaine.

Mais, si on considère aussi les imprévus, disons que ça s’équilibre : outre le fait que j’ai aussi envie de conserver du temps pour moi et pour ma famille, je ne peux pas compter sur mes weekends comme sur du temps de travail assuré. C’est plutôt une réserve de secours, dans laquelle je pioche pour faire face à des urgences ou à des tâches mal planifiées, qui débordent de leur créneau imparti.

En parlant du loup… Si je veux éviter de tels débordements, et plus généralement savoir quand fixer mes échéances et comment les tenir, j’ai intérêt à savoir exactement combien de temps me prendra chaque tâche que je dois accomplir. Et, là-dedans, j’inclus toutes les activités qui sont importantes pour moi, pour lesquelles je sais que je dois trouver et bloquer du temps. Ça inclut par exemple le yoga, les corvées domestiques et, bien sûr, ce blog.

(Quand on n’est pas payé à la tâche, mais à la commission, ce qui est mon cas, compter ses heures permet aussi de mieux répartir son temps de travail sur les tâches qui font réellement la différence sur le chiffre d’affaires.)

Romanceville, un projet trop chronophage?

Au début de l’année, je me suis engagée à y publier deux fois par mois, car j’avais évalué que chaque article me prendrait autour de 5 heures. Ça faisait 10 heures par mois à consacrer à ce blog, ce qui me laissait assez de temps pour m’acquitter de mes autres obligations.

Or, qu’ai-je découvert en faisant le bilan de mon premier trimestre? Qu’en réalité, en faisant la moyenne des 7 articles publiés jusqu’à présent, je dépassais (de peu) les 8 heures passées sur chacun d’entre eux.

Et, sachant que j’ai fini le trimestre complètement à la bourre professionnellement (pour changer!), contrainte de reporter certains projets, et avec un besoin indéniable de me reposer… Clairement, ces heures non prévues à l’emploi du temps étaient un problème que j’allais devoir régler lors du deuxième trimestre.

Ma décision à court terme est donc de publier moins : au lieu de deux articles par mois, il n’y en aura désormais plus qu’un seul.

Bilan comptable vs bilan émotionnel

L’histoire se finirait là si mon but ultime était de ne pas consacrer plus de 10 heures par mois à ce blog. Mais vous vous doutez que ma vraie motivation n’est pas là. Ce qui me pose « problème », c’est surtout de passer plus de 15 heures par mois sur une tâche non rémunérée… Et mon vrai problème là-dedans n’est évidemment pas philosophique, mais financier.

En effet, un autre fait saillant de mon bilan, c’est que j’adore écrire dans ce blog. Tout au long du trimestre, c’est l’un des projets pour lesquels il m’a été le plus facile de me motiver, l’un de ceux qui m’ont apporté le plus de gratification. Et la gratification, c’est crucial pour garder le moral au quotidien, pour maintenir une dynamique de travail positive.

En tout cas, ça l’est pour moi…

Un emploi du temps, ce ne sont pas juste des blocs de temps à remplir comme un jeu de Tétris.

C’est aussi un équilibre mental et émotionnel de chaque instant à préserver. (C’est justement le sujet de mon prochain article.)

Bref : si je pouvais gagner avec ce blog au moins l’équivalent de ce que je gagne avec mes autres activités pro, j’abandonnerais sans hésiter certaines de ces dernières pour conserver mon rythme de publication de deux articles par mois. Alors, j’ai décidé de m’offrir cette opportunité : je me suis créé une page sur Patreon.

Patreon, qu’est-ce que c’est?

C’est une plateforme de sociofinancement. Mais, au lieu de fonctionner par projets spécifiques à financer comme Ulule ou Kickstarter, elle encourage les dons mensuels afin de soutenir une activité (souvent créative) continue. Un peu comme si vous vous abonniez à un magazine payant. Dès aujourd’hui, vous avez ainsi la possibilité de financer ce blog à hauteur de 3 ou 5 $ CA par mois.

Je profite toutefois de cet article pour clarifier ma démarche. Mon intention, en ouvrant cette page Patreon, n’est pas d’être payée pour une activité que j’avais conçue dès le départ comme bénévole et gratuite. Si vous êtes satisfait-e de ne plus me lire qu’une fois par mois, je ne vous mets absolument aucune pression et je ne vous demande rien.

Ce que j’aimerais mesurer, c’est l’intérêt pour plus de contenu tel que celui que je produis à présent. Par exemple, à mon nouveau rythme, je ne terminerai ma série d’articles sur l’autodiscipline qu’au cours de l’été, plutôt qu’à la fin mai. À la fin de l’année, je n’aurai publié que 16 articles plutôt que 24 (oui, j’ai largement de la matière pour 24 articles!).

Si vous trouvez ce que je partage utile, si cela vous aide dans votre propre démarche, peut-être en voudriez-vous plus. Ce n’est pas sûr, et je n’ose pas le présumer. Mais, si c’est le cas, alors vous pouvez me le signaler en devenant mécène de ce blog.

Mes objectifs et vos contreparties

Si je réussis à être financée à hauteur de 90 $ CA par mois, je retournerai à un rythme de publication bimensuel. Pourquoi ce montant? C’est ce qui correspond aux heures de travail dont j’aurais besoin (au-delà des 10 heures de base allouées à mon activité bénévole) pour écrire deux articles par mois, au taux horaire minimum en vigueur dès le mois prochain (13,50 $).

Cependant, il est probable que vous me financiez pendant un certain temps avant que j’atteigne ces 90 $. Peut-être même que cela n’arrivera jamais! C’est pourquoi j’ai prévu plusieurs petites récompenses qui, en attendant, pourraient vous intéresser — et qui me prendront moins que 8 heures par mois à réaliser.

Pour les lecteurs assidus prêts à mettre 3 $ par mois (pour les européens, ça fait à peu près 2 €) :

  • Vous continuerez à recevoir mes points d’étape aux 15 jours — seulement, l’un des deux sera sur Patreon.
  • Je vous préparerai également une liste de ressources et de contenus gratuits que j’aurai découverts durant le mois, et qui porteront comme ce blog sur des thématiques d’écriture, d’art, d’organisation et de développement personnel.

Pour mes lecteurs assez privilégiés pour me donner 5 $ tous les mois (environ 3,34 €), vous recevrez la même chose, mais aussi :

  • Un enregistrement audio (mp3) du dernier article paru sur le blog, ce qui vous permettra de profiter de mon contenu tout en faisant autre chose ou, tout simplement, sans être obligé-e de fixer un écran.
  • Vous pourrez me soumettre les sujets que vous aimeriez voir traités sur le blog ou, si vous n’avez pas d’idée, choisir celui du prochain article parmi plusieurs options.

En plus de ces contreparties récurrentes et garanties, j’ai déjà trois idées de ressources un peu plus conséquentes, que je mettrai en place tranquillement, selon le temps que j’aurai, et qui seront pour l’instant réservées aux mécènes :

  • Une analyse du voyage du héros de Vogler et des archétypes dans Les Fiancés de l’hiver, le premier tome de La Passe-Miroir de Christelle Dabos (basée sur un article déjà paru dans une précédente mouture du blog).
  • La feuille de calcul que j’utilise pour comptabiliser mes heures de travail, avec toutes les formules pré-remplies et un mode d’emploi.
  • Une analyse scène par scène du premier épisode (8000 mots) de mon roman-feuilleton publié.

Enfin, si on n’atteint pas tout à fait les 90 $ par mois, mais un montant tout de même honorable, j’essaierai de publier quelques articles en plus sur le blog avant la fin de l’année. Ça vous botte? Rendez-vous sur Patreon!

Si vous avez une question sur la plateforme, sur les contreparties ou sur toute autre partie de ce billet, posez-la en commentaire! J’y répondrai au plus vite.

Le prochain billet est donc repoussé à la mi-mai. Comme je l’ai évoqué, il abordera l’autodiscipline via l’angle de la gestion des émotions, négatives comme positives.

Créer de la tension romantique

Point d’étape au 31/03

Je ne vous ai pas encore parlé de mon processus d’écriture. Pour le résumer, j’écris un premier jet très brouillon sur papier, puis je le tape à l’ordinateur. En principe, j’avance les deux en même temps; je réécris mon brouillon au fur et à mesure que je l’écris.

Or, depuis le début de l’année (et même avant cela), c’est surtout la réécriture à l’ordinateur qui bloque. Et qui, inévitablement, mène à la mise en pause de tout le projet. Pour éviter cela, j’avais décidé de finir entièrement le premier jet de ma nouvelle avant de tenter le second jet à l’ordinateur.

La bonne nouvelle, c’est que j’ai terminé mon récit au brouillon — le même jour que celui où j’ai publié mon dernier article ici, je crois. La mauvaise nouvelle, c’est que je me suis quand même retrouvée bloquée au niveau du deuxième jet.

J’ai quelques pistes à explorer, et j’aimerais dire que je travaille là-dessus en ce moment… Mais, dans la foulée, j’ai justement eu une baisse de régime (j’accuse le changement d’heure, qui a eu lieu il y a deux semaines au Québec). Couplée à l’arrivée d’échéances et d’anxiétés liées à la fin du mois et du trimestre, ça donné le cocktail parfait pour mettre de nouveau l’écriture de côté.

J’ai besoin de prendre soin de moi, et aussi d’une bouffée de légèreté, et quoi de mieux pour ça que la romance? Aujourd’hui, je vous parle de tension romantique… Comment la créer ou l’amplifier dans les histoires qu’on écrit?


La tension romantique est une forme de dynamique narrative

Cet article m’a été inspirée par ma lecture, il y a quelques mois, de Uprooted (Déracinée) de Naomi Novik.

Ce n’est pas une romance; c’est un roman de fantasy. Mais il contient une petite romance. Petite parce qu’elle prend physiquement très peu de place dans le récit… Et pourtant, elle a pris énormément de place dans ma tête au fil de l’histoire, et je confesse que j’aurais aimé qu’elle soit encore plus développée.

C’est ce qui a lancé ma réflexion : comment l’autrice a-t-elle réussi à rendre cette romance aussi importante pour moi, tout en lui accordant si peu de « temps de page », si je puis dire? J’écris de la romance, et même si, dans ce genre, on aura plus de scènes explicitement consacrées à l’histoire d’amour, il y a une énorme force à savoir également la suggérer aux lecteur-ices de manière implicite.

Cette force, c’est la dynamique narrative, dont j’ai déjà parlé. C’est la différence entre montrer deux personnages qui ont envie de s’embrasser, et donner à la lectrice l’envie que ces deux personnages s’embrassent… C’est d’un autre ordre de puissance, hein?

1. Exploiter un topos (trope)

La première stratégie, c’est d’activer les références culturelles de la lectrice. Pour cela, on va lui présenter une situation qu’elle va inconsciemment associer à un scénario classique de romance. Autrement dit, un trope de romance.

Par exemple, dans Déracinée, on reconnaît rapidement le topos du maître et de l’élève (qui n’est certes romantique qu’à certaines conditions, mais elles sont remplies dans ce roman) : le « Dragon », un mage puissant, va enseigner la magie à notre héroïne.

S’y ajoute celui des opposés qui s’attirent, avec un côté « grumpy/sunshine » : il est un genre de seigneur, taciturne, froid, sarcastique et très carré dans son approche de la magie, alors qu’elle est une roturière maladroite, désordonnée et intuitive.

Dans une vraie romance, le genre seul suffit à susciter l’attente du lecteur par rapport à l’histoire d’amour. Cependant, l’un des codes de la romance, c’est aussi qu’on doit pouvoir identifier le couple final dès le début du roman. La présence d’un topos romantique est donc l’une des façons dont on va implicitement désigner le futur partenaire, surtout dans les romances écrites d’un seul point de vue.

2. Chacun de vos protagonistes est le catalyseur de l’arc émotionnel de l’autre

La deuxième stratégie, c’est d’établir que vos protagonistes ont un effet bénéfique direct l’un sur l’autre. Et, pour cela, il faut qu’ils apparaissent comme la « clé » émotionnelle l’un de l’autre : celui ou celle qui va motiver et/ou aider l’autre à combler ses besoins psychologiques et moraux.

Dans Déracinée, le Dragon vit comme un hermite. Il s’est coupé de la société et du monde et, malgré ses bonnes intentions, il en a payé le prix en perdant en empathie. Mais, pour s’en apercevoir, il a besoin d’une personne qui n’a pas peur de le bousculer, qui n’aura pas de « respect » ni de ménagement pour la carapace qu’il s’est construite. Et cette personne est Agnieszka.

De son côté, Agnieszka a besoin d’apprivoiser et d’embrasser sa puissance. Et, pour cela, il lui faut un collègue à la fois suffisamment doué lui-même et ouvert d’esprit pour lui faire confiance, pour croire en son potentiel. Et le Dragon va s’avérer être cette personne.

I suppose it might seem strange that I should thank him by shouting at him, but it meant more than thanks: I wanted him to be human.

Uprooted, Naomi Novik

3. Dieu est dans les détails

Dieu ou l’attirance romantique/sexuelle, quoi… Je sais que certains auteurs rechignent à décrire physiquement leurs personnages. D’autres encore estiment que rappeler à chaque apparition dudit personnage qu’il est « beau », « canon » ou « sexy » suffit à nous faire saliver. Après tout, ainsi, chaque lecteur peut s’imaginer un physique qui correspond à ses goûts…

Le hic, c’est que m’informer que le héros est sexy, c’est juste m’informer que l’héroïne le trouve sexy (en M/F). Ce n’est pas me faire trouver le héros sexy.

Ma troisième stratégie, c’est donc d’être spécifique (et non exhaustif). De limiter le jugement, pour se concentrer sur les sensations. C’est ainsi qu’on quitte le terrain de l’explicite pour occuper celui de l’implicite.

Je ne crois pas qu’il y ait une seule occasion dans Déracinée où l’héroïne appelle le Dragon « beau » — peut-être qu’il ne l’est pas, d’ailleurs. Mais elle mentionne une fois ses mains et le souvenir de les avoir tenues dans les siennes — et tu te demandes ce que ce serait de les sentir ailleurs

Elle évoque aussi beaucoup ses vêtements, même juste en passant, et cela nous rappelle sans cesse ce qui se dresse entre elle et la possibilité d’intimité avec lui (littéralement). Car ces détails présentent également l’opportunité d’être chargés symboliquement, de se rapporter métaphoriquement à votre thème et à la singularité de votre histoire.

4. Save the cat

La quatrième stratégie, c’est ce qui a donné son nom à la célèbre méthode de Blake Snyder : sauver le chat. Autrement dit, montrer nos protagonistes dans des situations qui vont nous les rendre objectivement attachants.

Pour la romance en particulier, même si l’un de vos protagonistes est dangereux, hostile ou antipathique par certains côtés, il est indispensable pour moi d’établir un climat de sécurité et de confiance avant que vos amants se rapprochent.

Vu la popularité de certains romans, c’est peut-être juste moi, mais… le héros qui agresse sexuellement l’héroïne jusqu’à ce que celle-ci cède, terrassée par ses hormones, ça ne me parle pas du tout. C’est le cas typique où l’autrice me dit que ses personnages en ont envie, mais moi, lectrice, je n’avais pas du tout envie de lire ça. Donc, c’est rapé.

Au début de Déracinée, le Dragon est franchement désagréable et assez rude avec Agnieszka. Mais, avant qu’il se passe quoi que ce soit entre eux, l’autrice a eu le temps d’établir, via l’héroïne-narratrice :

  1. Que le Dragon est un protecteur efficace et dévoué de la vallée où vivent Agnieszka, sa famille, ses amis, et de ses habitants;
  2. Qu’il n’a jamais eu l’intention de profiter de leur relation maître/domestique (ni maître/élève, d’ailleurs) pour avoir des relations sexuelles avec elle;
  3. Qu’il est touché par la peine de l’héroïne.

C’est d’autant plus important si votre topos impliquait un déséquilibre de pouvoir dans la relation initiale. Ici, même si le Dragon conserve toujours l’avantage de l’ancienneté et de l’expérience, Agnieszka finit par l’égaler en puissance, et son approche différente de la magie fait rapidement d’eux des partenaires plus qu’un véritable maître et son élève.

Ce n’est pas non plus un procédé réservé aux romances « slow burn ». Dans la première saison de Nocturne, les protagonistes couchent ensemble dès le premier épisode, alors que le héros a kidnappé l’héroïne… Je peux vous dire que l’implicite a soulevé du lourd pour rendre la situation plausible!

5. Les rituels, ou un deuxième degré de communication

Enfin, ma dernière stratégie pour établir une tension romantique implicite, c’est de créer une complicité exclusive à vos protagonistes. Une routine qu’ils sont les seuls à partager, une blague qu’ils sont les seuls à connaître, un langage qu’ils sont les seuls à employer ou à comprendre.

Dans Déracinée, avant qu’il y ait le moindre indice explicite d’une possible romance, Agnieszka et le Dragon entament une sorte de relation passive-agressive (enfin, pas si passive de son côté à lui!) : elle fait exprès de le pousser à bout, il perd patience et l’insulte; prenez les mêmes et recommencez.

À priori, ça ne paraît pas très romantique. Et s’il n’y avait que ça, ça ne le serait pas. Mais cela sert à fonder le fait qu’ils représentent l’un pour l’autre quelque chose d’unique, d’inédit, d’irremplaçable. Ils n’ont ensuite qu’à réaliser le potentiel positif de leur relation pour que, d’un coup, cette tension devienne une force d’attraction…

Implicite vs explicite

Ces techniques relèvent de l’implicite, parce qu’aucune n’exige de relation amoureuse entre vos personnages. En revanche, elles la suggèrent; elles laissent vos lecteur-ices en imaginer ou en espérer une, et rendent toute relation que vous déciderez d’écrire plus crédible, profonde et satisfaisante.

Et, évidemment, ces stratégies sont imprégnées de mes préférences personnelles et de mon ressenti. Si j’en crois les avis de lecteurs, tout le monde n’a pas été aussi sensible que moi à l’histoire d’amour entre Agnieszka et le Dragon… Toutefois, même cela, je pense pouvoir l’expliquer : selon moi, si elle excelle dans l’implicite, elle manque au contraire d’explicite.

I forgot I was trying to be angry at him. I wanted to go into his arms and press my face into his chest and breathe him in, smoke and ash and sweat all together; I wanted to shut my eyes and have him put his arms around me. I wanted to rub handprints through his dust. “Sarkan,” I said.

Uprooted, Naomi Novik

L’héroïne est si réticente à admettre et à s’arrêter sur son attirance pour le Dragon qu’on se demande parfois si elle existe bel et bien. Si tu clignes des yeux, tu la manques… Et puis, tout à coup, ils s’embrassent à perdre haleine! Par contraste, la relation entre Agnieszka et sa meilleure amie est beaucoup plus ouverte et assumée… en un mot, explicite. Ce qui a mené certain-e-s lecteur-ices à juger qu’une romance sapphique entre elles aurait eu plus de sens.

(Personnellement, je ne le pense pas, parce que leur relation manquait à l’inverse de la plupart des éléments implicites qui font, pour moi, le sel d’une bonne romance.)

Anecdote intéressante : j’ai retrouvé parmi ces avis des reproches similaires à ceux qu’on m’a fait par rapport à Nocturne, à savoir qu’il n’y avait pas « d’alchimie » entre les protagonistes. En termes techniques, j’interprète ce reproche comme le signe que les émotions ne sont pas assez explicites (typiquement, l’explicite concerne surtout les actes physiques et sexuels, ce qui est le cas dans Déracinée).

Un indice qu’une romance manque d’explicite, c’est que vous avez du mal à trouver dans le texte des citations qui expriment sans ambiguïté un sentiment amoureux. J’ai rencontré ce problème lorsqu’il s’est agi de promouvoir mon roman; et je l’ai eu en cherchant des citations de Uprooted pour cet article… Les phrases qui m’avaient bouleversée pendant ma lecture semblent plates et anodines, retirées du contexte. Étonnant, non?

Si vous voulez ne rien rater de mon aventure, je vous invite à vous inscrire à ma liste de diffusion! Je vous écrirai un petit courriel chaque mois, avec les liens vers les deux derniers billets que j’aurai publiés :

En cours de traitement…
C’est fait! Vous avez été ajouté-e à ma liste.

Avez-vous lu Déracinée? Qu’avez-vous pensé de l’histoire d’amour? Avez-vous un autre roman à conseiller, en romance ou dans un autre genre, où la tension romantique était (selon vous) à couper au couteau?

J’avais prévu de traiter d’obstacles émotionnels (à la productivité) et d’hyperfocus dans mon prochain article… Mais je crois que c’est aussi le moment de faire le bilan du premier trimestre et de faire le point sur la suite. Alors, à dans deux semaines!

S’autodiscipliner en exploitant sa motivation

Point d’étape au 16/03

Alléluia! Ça fait une semaine que j’écris tous les jours et, surtout, que j’avance. C’est merveilleux.

Tous les indicateurs sont dans le vert : quand c’est l’heure d’écrire, je n’ai pas l’envie irrépressible de réécrire tout ce que j’ai écrit la veille. Je m’y mets tout de suite et je dois sprinter pour écrire tout ce que j’ai en tête avant que la cloche sonne.

Même si j’ai la sensation de ne pas avoir d’idée sur le coup, je me lance et ça vient tout seul. Même si je n’ai qu’une demi-heure devant moi, je me lance et j’écris non-stop pendant une demi-heure. Un vrai miracle!

Évidemment, ça ne fait que sept jours, et je ne crois pas que la partie est gagnée. Je suis au contraire plus que jamais persuadée que l’écriture est une lutte, qu’on n’est jamais sorti de l’auberge; mais ça ne va pas m’empêcher d’examiner ce qui a pu m’aider cette fois-ci, pour essayer de le reproduire à l’avenir. Et, tant qu’à faire, je vais vous en faire profiter…

Pour commencer, c’est le fruit de nombreux efforts croisés. Je ne vais donc pas pouvoir tous les décrire en un seul article; mais qu’à cela ne tienne! Je vais les aborder un par un. Dans ce premier billet, je vais me pencher sur la motivation.

Se connaître soi-même

En introduction à cette série sur les processus, j’aimerais souligner l’importance de se connaître soi-même.

Mon but avec ces billets n’est pas, en effet, de vous présenter des « solutions » qui « fonctionnent ». Je veux avant tout vous présenter la façon dont j’ai pu trouver et élaborer mes propres solutions, qui fonctionnent pour moi, afin de vous inspirer à trouver les vôtres, qui fonctionneront pour vous.

Ça fait quelques années que je m’efforce de mieux m’organiser et d’être plus productive, au point d’avoir parfois payé des cours pour apprendre comment faire. Les enseignants vendent typiquement leurs techniques ainsi : « Si vous faites tout ce que je vous dis de faire, vous obtiendrez ces résultats. »

Ce dont je ne doute pas, en soi, mais encore faut-il réussir à « faire tout ce qu’ils disent de faire ». Or, pour cela, on ne nous donne pas de technique — probablement parce que, pour la plupart des personnes, ce sont des opérations faciles.

Hélas, pour moi, les processus qui sont censés nous conduire aux résultats désirés auraient eux-mêmes besoin de leurs propres processus pour pouvoir être mis en place et appliqués.

Des moyens pour améliorer sa connaissance de soi

Ça ne veut pas dire qu’il ne faille pas accepter les conseils d’autrui. Au contraire! Plus vous testerez de techniques, mieux vous cernerez votre propre fonctionnement.

Et n’oubliez pas de prendre des notes. Faites un suivi de tout ce que vous essayez. Vous pouvez tenir un journal pour consigner votre expérience à chaud. Vous pouvez aussi prendre rendez-vous avec vous-même chaque semaine et/ou chaque mois, afin de réfléchir plus en profondeur sur ce qui s’est passé.

Personnellement, chaque fin de semaine depuis le début de cette année, je prends le temps de noter dans un carnet :

  1. Deux choses qui ont bien marché cette semaine, et ce qui semble m’avoir aidée dans ces succès;
  2. Deux choses qui n’ont pas bien marché cette semaine, et ce que je pourrais essayer pour réussir la prochaine fois;
  3. Une ou deux habitudes à améliorer.

Ce qui est important, quand vous testez des « trucs » ou des approches, c’est de vous autoriser à reconnaître ce qui ne vous convient pas. Mais aussi de chercher à comprendre pourquoi, et éventuellement ce qui pourrait faire en sorte que ça vous convienne (parfois, il suffit d’adapter un détail pour que la mayonnaise prenne).

Une question de motivation

L’autodiscipline a toujours été mon point faible. Je m’intéresse facilement à plein de choses, je suis intelligente et capable de travailler fort… mais je n’ai aucune autodiscipline. Et ça me mine dans toutes mes entreprises, dans tous mes projets.

Qu’est-ce que l’autodiscipline? Je dirais que c’est la capacité intériorisée à faire ce qu’il faut, quand il faut.

Or, qu’est-ce qui nous fait agir? La motivation. Techniquement, on est donc toujours « motivé » à faire ce que l’on fait. Même quand on rechigne et qu’on préfèrerait faire autre chose, il y a bien une raison pour laquelle on le fait quand même.

Quand on manque de discipline, c’est donc qu’il nous manque la motivation de faire ce qu’il faut, quand il faut. (Ce qui n’est pas nécessairement un déficit de motivation; parfois, c’est un excès de motivation contraire qui nous pousse à faire ce qu’il ne faut pas, ou à faire ce qu’il faut au mauvais moment.)

Par conséquent, ma première piste pour améliorer notre autodiscipline sera d’organiser nos sources de motivation, afin d’organiser indirectement ce qui en découle : notre comportement.

Pour cela, vous devez d’abord identifier ce qui vous motive. Et, par là, je ne vise pas seulement ce qui vous fait vous sentir motivée, mais toutes les occasions où vous avez réussi à faire ce que vous étiez censée faire (si vous souffrez d’indiscipline, vous savez que ces occasions sont l’exception, et non la norme). Si vous l’avez fait, c’est que quelque chose vous y a motivé.

Différentes tâches peuvent avoir différentes sources de motivation. À vous de savoir les distinguer. En ce qui me concerne, je travaille à mon compte, je n’ai pas de clients et je suis indisciplinée dans tous les domaines. Je cherchais donc un moyen général de me motiver à respecter un horaire, tout simplement.

Ce qui n’a pas marché

J’ai passé des mois à expérimenter et à essayer d’en tirer des leçons. Voici quelques exemples de trucs censés booster la motivation qui n’ont pas eu d’effet sur moi, et pourquoi :

1. Le manifeste qui décrit mes objectifs et mes intentions, à relire chaque matin :

  • Ça complique ma routine matinale, et j’ai juste tendance à oublier cette étape additionnelle.
  • J’ai vite trouvé ennuyeux et répétitif de relire la même chose chaque matin, même si ça ne prend que trois minutes.
  • Ce que j’ai pu penser et ressentir par le passé a très peu de poids par rapport ce que je pense et ressens dans l’instant présent.
route

2. Explorer son « pourquoi » et l’écrire, afin de pouvoir le relire dans des moments de doute ou de découragement :

  • Je n’ai jamais eu envie de le relire. En fait, plus ça va mal, moins j’en ai envie.
  • Comme plus haut, ce que j’ai pu penser ou ressentir à un autre moment de ma vie n’a plus d’importance, si je ne le pense ou ne le ressens plus.
  • J’ai l’impression d’être gaslightée par moi-même, que mon « moi » passé nie ou minimise ce que mon « moi » présent éprouve (alors que j’avais moins de données à l’époque; le culot!).

3. Les affirmations positives à se dire à soi-même le matin (j’en tirais une au hasard chaque jour) :

  • Je l’oublie complètement à l’instant où je me mets à faire quoi que ce soit. Pas d’effet négatif, mais pas d’effet positif discernable non plus.

La courbe en U

Depuis janvier, j’ai en revanche observé un phénomène très intéressant : mon autodiscipline a tendance à suivre une courbe en U à l’échelle de la semaine, du mois et du trimestre. En d’autres termes, elle est meilleure au début et à la fin de ces périodes de temps.

L’explication n’en est pas bien mystérieuse : depuis janvier, j’ai recommencé à planifier mes tâches et mes objectifs sur la durée du trimestre, du mois et de la semaine.

Au début, j’ai donc un plan tout frais dans ma tête, je me sens pleine de bonnes intentions, d’idées géniales et de confiance en moi. Ma motivation à faire ce que je viens de décider est haute.

Au milieu, ça se gâte. Des imprévus surviennent; mes idées ne fonctionnent pas, je me heurte à des murs. Tout cela est normal. Mon problème, c’est qu’à ce moment-là… je panique. Je décide que mon plan ne vaut plus rien, et je me focalise sur une crise unique que je m’imagine devoir gérer sans attendre.

C’est là que tout part en cacahuète. Je le sais, mais ça ne m’empêche pas de recommencer semaine après semaine et mois après mois. C’est stupide, c’est irrationnel, mais… c’est comme ça.

À la fin, la perspective de devoir me confronter à ma liste de tâches agit comme une échéance. Ça me libère enfin de mon obsession, et j’essaie alors de sauver les meubles qui peuvent encore l’être.

Pour autant, ce fonctionnement était loin d’être optimisé. Je perdais régulièrement des jours entiers de travail dans le gouffre de la panique, et celui-ci était parfois si envahissant qu’il s’imposait jusque dans mes débuts et mes fins de semaine ou de mois. Clairement, j’avais besoin d’une solution plus granulaire.

Ce que j’ai mis en place

Autrement dit, j’avais besoin de ce double boost à l’échelle de la journée. Si je pouvais réduire le gouffre de la panique à des milieux de journées plutôt qu’à des milieux de semaines ou de mois, ça réduirait sa durée objective autant que sa sévérité (parce que ces choses-là sont des cercles vicieux; plus on les laisse s’installer, plus ils deviennent féroces).

Pourtant, j’utilisais déjà des listes de tâches quotidiennes… Alors, pourquoi n’en ressentais-je pas les bénéfices sur ma motivation?

C’est là que tout ce que j’ai appris sur moi-même s’est avéré crucial. J’ai réalisé que je préparais toutes mes listes de tâches quotidiennes de la semaine en une seule fois. En outre, je les notais sur un papier volant, que je jetais ensuite.

Non seulement mon programme journalier n’était donc pas frais du matin, mais, s’il arrivait le moindre imprévu au cours de la semaine, c’était beaucoup trop facile pour moi d’arrêter purement et simplement de consulter un document désormais caduc et ultimement destiné à la poubelle.

Forte de ces constats, j’ai développé la stratégie suivante :

1. Je crée ma liste de tâches pour la journée le matin même.

Cela m’a obligée à modifier ma routine matinale et à changer mes habitudes, ce qui ne s’est évidemment pas fait en un clin d’œil. Au début, cela me causait même un peu d’anxiété, parce que j’avais l’impression d’avancer en aveugle. Mais, après un mois de pratique, je peux dire que je m’y suis faite.

2. J’écris ma liste de tâches directement dans mon journal.

Comme j’écris tous les soirs dans mon journal, cela me force à me confronter à ce que j’avais prévu de faire. Et je le sais, donc j’agis en conséquence.

3. J’ai spécifiquement intégré à ma routine du soir le fait de revenir sur ma liste, sur ce que j’ai réussi à faire ou pas.

Ça peut sembler redondant si j’écris tous les soirs juste en dessous, mais je vous assure que j’ai une capacité extraordinaire à faire l’autruche! Ou à faire abstraction, si vous préférez. Disons que j’ai des réflexes d’évitement légèrement surdéveloppés…

Depuis un mois que j’applique cette stratégie, je n’ai pas eu une seule journée de panique complète. Cela dit, comme je l’ai précisé, ce n’est qu’une partie de mon système actuel… J’ai hâte de vous montrer le reste dans de futurs articles!

Si vous voulez n’en rater aucun, je vous invite à vous inscrire à ma liste de diffusion. Je vous écrirai un petit courriel chaque mois, avec les liens vers les deux derniers billets que j’aurai publiés :

En cours de traitement…
C’est fait! Vous avez été ajouté-e à ma liste.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas! J’ai déjà entendu d’autres personnes dire qu’elles étaient plus productives en milieu de semaine, le temps de se mettre en train. Est-ce votre cas? Où êtes-vous plutôt comme moi, du genre à vous perdre en cours de route?

J’adorerais également connaître vos sources de motivation à vous, pour les tâches que vous avez du mal à accomplir… et les techniques qui vous aident!

Dans le prochain article, je vais m’intéresser aux façons de créer de la tension romantique et sexuelle en fiction.

Créer une dynamique narrative

Point d’étape au 08/03

Oui, je sais, j’ai une semaine de retard. Mais la fin février a été surchargée pour moi, et la semaine de relâche qui a suivi ne m’a pas permis de me rattraper plus tôt que maintenant.

De toute façon, côté écriture, j’en suis à peu près au même point qu’il y a une semaine : j’ai eu une nouvelle idée pour ma nouvelle, et j’essaie maintenant de me lâcher et de finir. Pour rappel, la nouvelle en question est censée être une réécriture du mythe grec de la séduction d’Hélène par Pâris, qui est à l’origine de la guerre de Troie.

Au début, je pensais prendre un angle explicitement féministe, mais je me suis aperçue que ça avait déjà été fait et que ça risquait d’être assez convenu. Après tout, je ne suis pas une écrivaine de blanche ni de « fiction littéraire », mais de romance. Et réimaginer cet épisode mythologique comme si c’était une romance a finalement un côté féministe intrinsèque.

J’adorerais vous expliquer pourquoi, mais ça se fera plutôt sur mon site Web d’autrice, et puis il faudrait quand même que je réussisse à finir la nouvelle en question avant, n’est-ce pas? (Si vous êtes inscrit-e à ma liste de diffusion, vous serez prévenu-e si j’écris un jour à ce sujet.)

Pour l’instant, j’aimerais vous faire profiter d’une réflexion que je mûris depuis plusieurs semaines. Plus précisément, depuis que je me suis rendu compte que mes scènes avaient tendance à tomber à plat, à ne pas éveiller grand intérêt — pas même le mien!


Qu’est-ce que la dynamique narrative?

C’est ce qu’on appelle en anglais « narrative drive ». Dans le livre de John Truby The Anatomy of Story, paru en français sous le titre L’Anatomie du scénario, cela a été traduit par « dynamisme narratif ». J’aurais pu utiliser la même expression pour expliciter qu’il s’agit de la même chose, sauf que je trouve cette traduction ambiguë.

La dynamique narrative, c’est tout simplement ce qui vous donne envie de tourner les pages d’un livre, de connaître la suite d’un récit.

Alors, qu’est-ce qui peut créer une dynamique narrative?

La réponse instinctive, c’est sans doute : des rebondissements inattendus. En effet, l’inverse d’un page-turner, c’est soit une histoire où l’on voit tout venir d’avance (des rebondissements, mais pas assez inattendus), soit une histoire où on a le sentiment qu’il ne se passe rien (pas assez de rebondissements, même si certains peuvent être inattendus).

Cela suffit à pas mal d’écrivains pour écrire des histoires captivantes. Mais pas à moi. Je n’ai pas une imagination débordante, et je suis très soucieuse du réalisme de ce que j’écris. Les « rebondissements inattendus », ça ne me vient pas facilement, du tout.

Dans cet article, je vais donc analyser ce dont il s’agit réellement, et comment on peut les générer à partir d’autres éléments connus du récit, quand on a de la difficulté à les imaginer spontanément.

Le conflit

Beaucoup de conseils d’écriture se focalisent sur le manque de conflit. Souvent, une histoire n’a pas de tension narrative parce qu’elle manque de conflit. Le conflit, c’est tout ce qui empêche un personnage d’atteindre son but. Il existe trois sortes de conflits :

  1. interne (les préjugés, peurs et défauts du personnage);
  2. interpersonnel (entre plusieurs personnages qui ont des buts incompatibles);
  3. extrapersonnel (causé par l’environnement naturel ou social).

Bien sûr, s’assurer que le récit global ainsi que chaque scène possède un conflit, c’est la base. Malheureusement, ça ne suffit pas toujours. Prenons un exemple : notre protagoniste essaie de s’enfuir d’un lieu, lorsqu’il entend la venue d’un garde. Il se cache, le garde passe, notre protagoniste se sauve.

Il y a bien un conflit — l’arrivée du garde —, mais il n’est pas très intéressant. Pour deux raisons, qui sont en réalité liées : tout d’abord, la réaction du protagoniste est trop évidente (donc attendue); ensuite, une fois le conflit résolu, le protagoniste se retrouve exactement au même point qu’au début de la scène (après quoi seulement, il se sauve).

Un conflit intéressant, c’est donc un conflit qui force le personnage à réagir d’une façon non-évidente, et qui va entraîner pour lui un changement irréversible. Ce qui m’a immédiatement fait penser à la « crise », le troisième commandement du récit selon Shawn Coyne.

Les 5 commandements du récit

Shawn Coyne, l’inventeur de la méthode d’édition Story Grid, définit les 5 commandements du récit comme les 5 éléments qui doivent être présents dans chaque histoire, à chaque niveau : aussi bien dans l’histoire globale que dans chaque intrigue secondaire, chaque acte, chaque séquence, chaque scène. (Vous pouvez lire ici son article original en anglais.) Ce sont :

  1. L’élément déclencheur
  2. Les complications progressives
  3. La crise
  4. Le climax
  5. La résolution

En réalité, les scènes concrètes ne sont pas toujours construites de façon aussi nette. Diverses techniques d’écriture peuvent éclater les éléments en plusieurs scènes ou les faire disparaître dans des ellipses. Mais, au niveau logique de l’histoire, on doit toujours pouvoir retrouver ce cycle.

Le conflit peut être incarné par l’élément déclencheur et/ou par les complications progressives. Cela dépend si l’élément déclencheur est ce qui provoque le désir du personnage dans la scène (exemple : il se met à pleuvoir, et le personnage cherche à se mettre au sec), ou s’il vient se mettre en travers d’un désir déjà connu et établi (exemple : on sait que le personnage doit aller chercher sa fille à l’école, et il se retrouve coincé dans un embouteillage).

La clé, pour déterminer si le conflit fonctionne, c’est de vérifier qu’il mène bien à une crise.

La crise, c’est quoi?

De prime abord, on serait tenté de la définir comme une sorte de dilemme. Shawn Coyne s’y réfère comme à un « best bad choice » (le choix le moins pire) ou « irreconcilable goods » (désirs irréconciliables). On peut la représenter comme une question dont le climax (la décision du personnage) serait la réponse.

Sauf qu’à y bien réfléchir, ce n’est pas toujours un dilemme. Du moins, pas du point de vue du personnage.

Shawn Coyne aime bien aussi répéter que la vérité des personnages se révèle par leurs actions. Spécifiquement, par les actions qu’ils posent en situation de crise, c’est-à-dire lors des climax. Dans les scènes du début en particulier, quand on est censé présenter les personnages dans leur monde ordinaire, parler de dilemme n’est donc clairement pas pertinent : les personnages ont une façon d’être et d’agir qu’ils ne remettent pas (encore) en question.

C’est donc le lecteur avant tout qui doit percevoir l’alternative : « Tiens, elle a réagi ainsi, alors qu’elle aurait pu réagir autrement; cela me montre qui elle est, ses valeurs, ses défauts ou ses qualités. » (Pour info, il s’agit là d’un type de dynamique narrative qui s’appuie sur le mystère.)

Un autre exemple où la question est surtout dans la tête du lecteur : les histoires dont on connaît l’issue. On sait que Columbo va identifier le coupable, que James Bond va survivre, que les protagonistes d’une romance vont finir ensemble. On ne lit pas pour découvrir si les premiers vont échouer ou réussir, ou si les seconds vont ou pas former un couple… mais pour découvrir comment ils vont bien pouvoir y arriver.

Si l’auteur d’un roman a bien construit sa crise, vous dévorerez les pages à toute vitesse en pensant : « C’est impossible. Je ne vois pas d’issue. Où est l’issue? » Là non plus, la crise ne se manifeste pas comme un dilemme, mais plutôt comme une incertitude quant aux options mêmes qui s’offrent aux personnages — mais à l’intérieur d’une question parfaitement définie. (Dynamique narrative qui s’appuie sur l’ironie dramatique.)

Bref, la crise n’est pas forcément un dilemme, mais elle doit mener à un choix significatif. Un choix qui a des conséquences. Qui va entraîner un changement. Qui va placer le personnage concerné dans une situation nouvelle.

L’importance de la résolution

Dans mon exemple de départ, si on ajoute la complication selon laquelle il y a une seule issue qui est en train de disparaître… et donc que, si notre protagoniste ne l’atteint pas à temps, il restera prisonnier… Tout à coup, la décision de se cacher n’est plus aussi évidente. Le conflit fonctionne parce qu’il crée une crise : se cacher et risquer d’arriver trop tard, ou bien affronter le garde et risquer d’être blessé, tué ou refait prisonnier?

On peut n’évoquer les conséquences que comme une menace. C’est ce qu’on appelle les enjeux : il y a un risque, mais les conséquences ne sont pas inévitables ni toujours fixées d’avance. Par contre, ce qui est obligatoire, c’est la résolution. Autrement dit, ce qui découle du choix du personnage.

Même si ce dernier réussit finalement à surmonter l’obstacle sans rien sacrifier, son choix doit au minimum l’amener plus près de son but, lui faire faire une découverte ou lui donner une leçon qui influera sur la suite. En effet, si la péripétie peut être complètement supprimée sans rien changer à l’histoire, quel est l’intérêt de l’avoir racontée?

Pour tenir le lecteur en haleine, l’idéal est donc d’imaginer des conséquences imprévues aux choix et actions des personnages. Ces conséquences peuvent être le fruit du hasard, ou être délibérément cachées au lecteur.

Peut-être que ces conséquences ne se révèleront que bien plus tard, et créeront alors un effet de surprise. Ou peut-être qu’elles ne sont imprévues que dans la perspective biaisée de votre personnage. Elles le forceront alors à réaliser ses erreurs ou ses angles morts. Attention : selon moi, ces effets sont à réserver aux récits en focalisation interne; autrement, votre lectrice se sentira manipulée.

Quand l’effet de surprise ne suffit pas

En faisant intervenir le concept de crise, on peut aller plus loin que les « rebondissements inattendus », et notamment comprendre pourquoi certains romans peinent à nous passionner, malgré tous les rebondissements inattendus qu’ils contiennent.

Souvent, on ressort de tels romans mitigée, avec l’impression qu’il y avait de bonnes idées, un bon rythme — mais qu’on ne s’est jamais sentie réellement impliquée dans l’histoire. Jamais au point d’avoir très envie, et encore moins besoin de savoir ce qui allait se passer ensuite.

C’est parce que l’auteur ne nous a pas permis de nous investir dans ses crises. Après tout, pourquoi veut-on continuer à lire une fiction, si ce n’est parce qu’on espère ou que l’on craint quelque chose dans la suite de l’histoire? Le fait même de craindre ou d’espérer sous-entend la présence de la crise, cette incertitudeà laquelle on veut mettre fin.

Mais cela implique aussi, clairement, que l’auteur ne peut se contenter de surprendre le lecteur. Il doit aussi le laisser craindre ou espérer quelque chose de précis pour la suite, avant de trouver un moyen original de résoudre cette crainte ou cet espoir. Ce qui nécessite de présenter les buts, les enjeux et les conflits de manière suffisamment claire, suffisamment tôt dans le récit.

Car ce sont ces buts, ces enjeux et ces conflits qui vont cristalliser la crise dans l’esprit du lecteur, sans que vous ayez jamais besoin de la formuler en tant que telle : un personnage qui veut quelque chose, qui rencontre un obstacle, et dont la situation le prive d’un choix et d’une réaction évidente.

Avant de conclure, j’insiste encore une fois sur ce dernier point, parce que c’est vraiment ce qui m’empêche d’aimer des tas de romans par ailleurs bien écrits.

Dans une crise efficace, il ne peut pas y avoir de réaction évidente.

S’il y a une réaction évidente et que votre personnage fait l’inverse… C’est de la surprise gratuite, du conflit artificiel, et la lectrice aura du mal à s’investir dans votre histoire, parce que vous ne jouez pas franc jeu.

Précision : par « évidente », je ne veux pas dire fréquente ou habituelle, ni ce que vous feriez à la place du personnage, mais évidente compte tenu de la situation telle que vous l’avez établie. Si votre personnage est un robot, la réaction humaine attendue n’est pas évidente pour lui, et ne le sera pas non plus pour le lecteur, qui sera donc curieux de découvrir comment votre robot va réagir.

Par contraste, si un énorme malentendu mine votre couple, la réaction évidente pour eux serait d’en parler. Beaucoup de lectrices ne supportent pas les romances où un tel conflit s’éternise, parce qu’elles jugent, à raison, qu’il en devient ridicule et peu crédible — et, surtout, elles cessent de s’intéresser au destin de tels protagonistes.

Je vous laisse avec cet autre article en anglais, sobrement intitulé Narrative Drive, où Shawn Coyne définit le mystère, le suspense et l’ironie dramatique, ainsi que cet épisode de podcast (en anglais aussi) où il explique les 5 commandements du récit avec des exemples.

Si vous voulez ne rien rater de mes prochains articles, je vous invite à vous inscrire à ma liste de diffusion! Je vous écrirai un petit courriel chaque mois, avec les liens vers les deux derniers billets que j’aurai publiés :

En cours de traitement…
C’est fait! Vous avez été ajouté-e à ma liste.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas! Et, au fait, quel est le dernier roman que vous avez lu d’une traite, sans pouvoir vous arrêter, tellement la dynamique narrative était puissante et maîtrisée? Ou au contraire, si vous choisissez la violence, quel est le dernier qui vous est tombé des mains?

Dans le prochain article, je vous parlerai des différentes mesures que j’ai mises en place depuis un mois pour m’aider à être une adulte fonctionnelle et, notamment, à travailler!

Observations, apprentissages et nouvelle direction

J’espère que vous allez bien!

Aujourd’hui, j’ai décidé de ne pas choisir de sujet spécifique et de consacrer tout l’article à mon point d’étape. En effet, j’avais annoncé que je ferais le point sur ma pratique à environ un mois et demi du début de l’année. Et… on y est! C’est vite passé, non?

Mes observations

Tout d’abord, voici les différents constats que j’ai pu faire depuis le début de l’année :

Mes succès

J’ai le plan complet de deux romans — celui dont je vous ai déjà parlé, mais aussi la saison 2 de Nocturne. Ce doit être ma dixième version… Sauf que, cette fois, j’en suis vraiment fière! J’ai le sentiment d’avoir une bien meilleure compréhension qu’il y a encore un ou deux ans de la façon dont un récit doit se développer, et dont les divers aspects d’un roman se raccordent.

Mes difficultés

Je pourrais les résumer en un mot : écrire.

Durant ces 45 jours, j’ai pourtant écrit pas mal de brouillons (pour trois projets différents), mais j’ai toujours l’impression que la scène meurt sur la page dès qu’elle sort de ma tête, et je ne sais pas comment la ranimer. Même si j’essaie de l’analyser puis de la réécrire, dès l’instant où je repasse à la rédaction… rebelote!

Objectivement, j’ai identifié trois problèmes : 1) j’ai du mal à créer des situations de crise, et donc des climax satisfaisants, à l’échelle de mes scènes, 2) j’ai du mal à trouver une voix qui correspond au projet, et 3) je ne sais pas réviser un mauvais texte pour le rendre meilleur.

Cela dit, j’ai l’impression que ces trois problèmes apparents proviennent d’une source commune, et beaucoup moins objectivable. Ma véritable difficulté, depuis maintenant plus de deux ans, c’est de réussir à m’investir dans ce que j’écris. Je suis toujours à distance, je ne le ressens pas. Alors, j’ai beau avoir construit une crise efficace en théorie (dans mon plan), je n’arrive pas pour autant à la rendre en pratique.

Car une crise n’a d’existence que subjective. Un autre personnage ne serait pas forcément en crise dans la même situation. Donc, la seule manière d’exprimer réellement cette crise, c’est d’arriver à entrer dans le personnage, à ressentir (et faire ressentir) ce qu’il ressent.

L’expérience « Fast Draft »

Ce que je n’ai pas raconté la dernière fois, c’est que j’ai manqué d’assurance pour tenter le Fast Draft de Candace Havens (un premier jet en 14 jours) avec ma romance fantasy. Tout à coup, j’ai eu envie de me remettre à la saison 2 de Nocturne. Sauf que mon dernier plan, qui datait de début décembre, s’est avéré manquer de détails, et comme j’ai inclus de nouvelles idées à mesure qu’elles me venaient…

Au bout de cinq jours, je me suis retrouvée dans l’impasse. Et cela a provoqué une grosse crise émotionnelle et existentielle dont je me remets à peine.

Interprétation et apprentissages

Sur le plan technique

Ray Bradbury avait raison. J’avais tort.

Les plans de roman, ça va, je maîtrise à peu près. À ma propre surprise, ce qui me pose le plus de problème aujourd’hui n’est pas propre au roman : une nouvelle aussi est constituée de scènes, une nouvelle aussi a une voix spécifique, et une nouvelle aussi peut avoir besoin de révisions. Une nouvelle aussi ne fonctionne que si je ressens ce que j’écris.

De plus, en analysant une énième fois le premier épisode de Nocturne (saison 1), je me suis rappelé qu’à l’origine, c’était censé être une nouvelle. Cela explique certains de ses défauts, comme le décalage de ton avec les épisodes suivants, ou encore son côté un peu caricatural — je n’avais pas la place d’être plus nuancée.

Mais, en même temps, cette ex-nouvelle est super bien construite, et j’ai réalisé à quel point cela m’avait aidée à écrire les 11 épisodes suivants : il m’a suffi de dérouler les fils que j’avais judicieusement mis en place.

Sans parler de la satisfaction d’avoir un texte quasi-autonome déjà terminé! Jusqu’assez loin dans l’écriture de la saison complète, j’avais toujours l’intention de soumettre le premier épisode à un concours de nouvelles, et je crois que ça m’a motivée. Alors qu’on ne peut rien faire, à priori, avec un début de roman.

Bref, je suis revenue sur mon refus de pratiquer l’écriture au travers de textes plus courts qu’un roman. Je pense que c’est le format du défi Bradbury qui ne me parle pas, qui est trop rigide et intimidant pour moi, et qui m’a fait oublier que j’avais aussi quelques nouvelles parmi mes projets d’écriture :

  • des genres d’épisodes bonus, hors saison, situés dans l’univers de Nocturne;
  • une réécriture du mythe grec d’Hélène et de Pâris.

Sur le plan émotionnel

Ces derniers jours, j’ai fait pas mal de recherches sur le TDAH (dont j’ai parlé dans mon dernier article). Et je dois vous dire que, plus j’en apprends dessus, plus je suis convaincue d’en « souffrir ». C’est même assez étrange de voir autant de mes comportements, que je croyais uniques et originaux, être expliqués aussi simplement par la science — et partagés par autant de personnes : des personnes avec un diagnostic de TDAH.

Et ça m’aide énormément à me comprendre. Par exemple, je comprends à présent que le Fast Draft, dans sa version neurotypique, ne pouvait pas me convenir. Car il est basé sur deux concepts qui sont notre kryptonite : « Just do it » et « You can do it ». (Si vous comprenez l’anglais, cette excellente vidéo aborde le sujet : ADHD and motivation.)

La plupart des gens, quand ils décident de faire quelque chose là, tout de suite… le font. Cela peut sembler évident, mais, en réalité, cela fait intervenir des processus cognitifs très élaborés… qui sont dysfonctionnels chez les personnes avec un TDAH. « S’y mettre », comme on dit, est un défi d’une ampleur démesurée quand on a un TDAH, surtout si :

  • on doit interrompre une autre activité pour le faire,
  • il n’y a pas d’urgence,
  • il n’y a pas de récompense immédiate et garantie en vue,
  • on y associe des peurs et des expériences négatives.

Quant à « You can do it », là n’est pas la question pour moi. En théorie, je sais déjà que c’est vrai. Mais, en pratique, c’est souvent faux, et le nier ne m’aide pas à changer ce fait.

Beaucoup d’écrivains souffrent du syndrome de l’imposteur : l’impression de ne pas être légitime et/ou capable, alors que nos réussites objectives démontrent le contraire (on s’explique alors ses propres réussites par des coups de chance, des erreurs, des méprises).

Pour ma part, j’ai toujours eu le sentiment d’avoir l’inverse du syndrome de l’imposteur. Et je me rends compte que c’est assez courant chez les personnes avec un TDAH.

Ceux d’entre nous qui ont découvert leur TDAH à l’âge adulte, en particulier, étaient généralement de bons élèves (c’est ce qui nous a permis de ne pas être repérés avant). Les personnes autour de nous reconnaissaient en général notre intelligence et nos capacités; notre « potentiel ». Nous étions destinés à faire de grandes choses. Si seulement nous étions : plus disciplinés, plus travailleurs, mieux organisés, moins impulsifs, moins émotifs, moins éparpillés…

Le résultat, paradoxalement, c’est que je me sens tout à fait légitime et capable de faire à peu près n’importe quoi, à fortiori ce dont j’ai envie. Ce sont mes échecs objectifs qui semblent démontrer le contraire. (On peut réussir à l’école jusqu’à un certain point parce que c’est très structuré, qu’il y a des échéances et des conséquences. Mais plus on avance dans la vie adulte, plus ça se gâte…)

Alors, non, je ne peux pas le faire — pas en l’état. J’ai dit que le Fast Draft n’exigeait aucune compétence littéraire. Mais ça n’en exige pas moins des compétences exécutives et émotionnelles. Que je ne maîtrise pas. Pour lesquelles j’ai besoin de beaucoup d’aide.

Donc, pour pouvoir continuer ma pratique, j’ai aussi besoin de concevoir un processus qui tient compte de mes limites, de mes difficultés mentales et émotionnelles. J’ai cherché des tas de trucs sur le Web, je les ai croisés avec ma propre expérience de ce qui me motive et ce qui me décourage, et j’ai désormais un plan. Et la première étape de ce plan, c’est de le tester et de l’affiner au cours des semaines à venir.

Si vous voulez ne rien rater de la suite de mon aventure, je vous invite à vous inscrire à ma liste de diffusion! Je vous écrirai un petit courriel chaque mois, avec les liens vers les deux derniers articles que j’aurai publiés :

En cours de traitement…
C’est fait! Vous avez été ajouté-e à ma liste.

Dans le prochain article, je partage avec vous ma réflexion sur le mécanisme narratif qui va capter et garder l’attention de votre lecteur-ice.