Faire la même chose et espérer un résultat différent

[Ce qui suit est un texte que j’ai écrit en juillet.]

Salut tout le monde!

J’ai envie de partager plein de choses en ce moment, mais les journées ne font que 24 heures et j’ai priorisé l’écriture dernièrement, ce que je ne regrette pas.

La dernière fois, je venais de terminer un premier jet, et un changement s’amorçait dans ma vision de ma propre écriture. Depuis, ce changement n’a fait que s’accentuer, au point même que je contredirais certaines observations que j’avais faites alors.

Aujourd’hui, je vais donc vous parler de la seconde « épiphanie » que j’ai vécue début juin, et qui, une nouvelle fois, me semble validée par mes récentes performances : j’ai écrit 30 000 mots dans les 5 dernières semaines, et ce malgré les vacances scolaires qui auraient dû me laisser moins de temps que d’habitude pour écrire. (Note : Je n’avais pas atteint un rythme d’écriture aussi élevé depuis des années.)

Mais, tout d’abord, retour au mois de juin : même si j’étais assez fière d’être arrivée au bout de mon premier jet (la romance fantasy), la fin avait été compliquée et poussive. J’appréhendais les révisions à venir, et je commençais aussi à craindre le moment où je me lancerais dans un nouveau projet. Et si je me retrouvais de nouveau bloquée?

C’est en écoutant le QuitCast de Becca Syme que j’ai eu ma révélation : je ne peux pas continuer à faire la même chose et espérer un résultat différent.

J’ai compris que, si je voulais éviter un nouveau blocage, j’allais devoir changer beaucoup plus que de simples tactiques. Par tactiques, j’entends tous les moyens et techniques qui s’appliquent à l’écriture elle-même : faire un plan ou ne pas en faire; écrire à l’ordinateur ou sur papier; écrire le matin ou le soir, etc.

Dans mon dernier article, j’ai listé certaines tactiques qui semblaient m’aider. Or, je me suis aperçue que je n’en avais suivi presque aucune — en tout cas, pas tout du long — lors de l’écriture de Nocturne, qui reste à ce jour ma référence en matière d’écriture de premier jet. (Dans sa dernière phase, j’ai écrit environ 37 000 mots en 18 jours, sans même écrire tous les jours. Et ces mots étaient bons; je les ai à peine touchés lors de la révision.)

Ceux qui me lisent ailleurs qu’ici savent qu’en plus de la « magie » à laquelle j’attribue l’inspiration, je parle souvent de mon rapport « superstitieux » à l’écriture. Je ne suis pourtant pas du tout superstitieuse en général; je suis même plutôt hermétique à toute croyance ésotérique.

Mais, pendant longtemps, je n’arrivais pas à qualifier autrement mon obsession à trouver un motif, un modèle qui sous-tendrait ma capacité à écrire. Puisque j’ai eu l’idée de Nocturne un 30 mai, si j’arrive de nouveau à avoir une idée un 30 mai, peut-être qu’elle me réussira autant que Nocturne m’a réussi?

Évidemment, cet exemple n’a pas de sens. Mais il s’avère que je n’étais pas si loin du compte! Becca Syme nous invite souvent à nous demander : qu’est-ce qui a fonctionné pour nous par le passé? Et, au fond, c’est ce que je faisais intuitivement. Sauf que je ne regardais pas au bon endroit…

Ça ne fait pas plus de deux ans que je me suis rendu compte, par exemple, qu’en 2017 (lorsque j’ai écrit Nocturne) je ne possédais pas de smartphone. En réalité, j’en ai acquis un vers la fin juillet, mais, pendant toute la première année, je ne l’utilisais presque jamais. Je n’avais installé aucune application, c’était juste un téléphone.

Et ce n’est qu’il y a un mois et demi, à force d’entendre Becca Syme répéter « question the premise » et qu’il y a beaucoup de façons différentes d’écrire et de mener une carrière d’écrivain, que j’ai pris conscience de certaines croyances, que j’avais hissées au rang d’évidences sans qu’elles n’aient jamais prouvé qu’elles me servaient. Au lieu de ça, c’est moi qui me suis évertuée à les servir, et c’est ce qui m’a bloquée à répétition.

L’une de ces croyances, c’est que planifier ma carrière allait m’aider. Beaucoup d’écrivains le font avec succès, et planifier m’aide beaucoup dans mes autres activités professionnelles. Je ne peux pas m’en vouloir d’avoir cru que je pouvais traiter l’écriture de la même manière.

S’ajoute à cela une nuance assez subtile : ça m’aide, y compris quand j’écris, de me fixer des objectifs mesurables. Par exemple, en ce moment, j’aimerais bien finir mon premier jet le 10 septembre. Avec Nocturne, mon objectif était d’écrire un épisode (7 500 mots) par semaine. Un peu comme dans l’écriture elle-même, il y a certains éléments d’un plan qui me sont nécessaires… et d’autres qui anéantissent toute ma créativité.

La première fois que j’ai tenté de planifier ma carrière d’écrivaine, c’était en 2016. Puis, début 2017, la garderie de mon fils a fermé, j’ai décidé de le garder à la maison, et tous mes plans se sont envolés par la fenêtre. Ça m’a pris plus de cinq ans pour réaliser quelle foutue bénédiction ça s’est révélé être…

Je n’aurais pas pu écrire Nocturne sans ça, sans avoir laissé tomber mon plan pour l’année. Parce que Nocturne ne faisait pas partie du plan. C’est une idée que j’ai eue le 30 mai, comme je l’ai déjà mentionné. Au début, c’était une idée de nouvelle; puis elle s’est métamorphosé en roman, et je l’ai suivie, je l’ai suivie jusqu’à 93 000 mots. Le seul roman publiable que j’ai écrit de ma vie. Sacrée ironie.

Je crois que je ne peux planifier que ce sur quoi j’ai déjà commencé à travailler. J’ai eu une excellente intuition en juin, qui s’est plutôt vérifiée jusqu’ici : j’aime me lancer en en sachant le moins possible. Dès que l’idée me vient, c’est là que je dois commencer à écrire. Si je la laisse mariner, mûrir, elle risque de se gâter.

Donc, il n’est pas nécessaire d’avoir l’idée un 30 mai, mais il est nécessaire de commencer à l’écrire dès le lendemain. (Paradoxalement, j’ai besoin de beaucoup de temps en plus de l’écriture pour penser à ce que je vais écrire.)

Il se trouve aussi que je crois beaucoup à l’importance de la structure, qu’il s’agisse d’un récit, du lancement d’un livre, d’une carrière. La structure détermine notamment l’ordre de certains évènements et leur rythme. Ma croyance erronée, c’était que j’avais besoin d’un plan pour structurer mon récit ou ma carrière.

Or, une structure peut être solide même quand on ne l’a pas créée consciemment. Nocturne est construit comme le voyage du héros, alors que je ne l’ai pas planifié ainsi.

Ou bien on peut établir une structure au fur et à mesure que l’on construit, sans jamais avoir de plan d’ensemble. C’est ce que je fais actuellement avec mon manuscrit en cours; je sais où je me situe dans la structure de mon récit, et ça peut m’aider à décider ce que je dois écrire ensuite. Mais je ne m’embête pas à voir plus loin que les quelques scènes suivantes.

Enfin, je pense qu’une autre croyance qui me faisait tenir à mon plan, c’était que, sans plan, je risquais de m’éparpiller et de ne jamais rien finir. Pour le coup, ce n’est pas une croyance totalement sans fondement… Depuis le temps que j’écris, j’ai commencé un nombre incalculable de projets, que je n’ai pour la plupart pas continué au-delà d’une scène ou d’un chapitre. Pendant des années, j’étais presque incapable de ne pas écrire impulsivement, de ne pas céder aux sirènes d’une nouvelle idée de roman.

Et, pendant ces quatre ans où j’ai pédalé dans la semoule, j’ai eu l’impression de retomber dans le même travers : je n’arrivais plus à rien finir.

Or, en réalité, la raison principale qui me faisait abandonner un projet pour un autre, il y a douze ans comme il y a deux ans, c’était la réalisation que le premier ne fonctionnait pas. En d’autres termes, il n’était pas suffisamment bon pour que je veuille continuer à travailler dessus. (Parce qu’un autre trait de ma personnalité, c’est que je déteste perdre mon temps.)

Le problème, c’est que j’ai écrit très peu de romans « suffisamment bons » dans ma vie… Cependant, en 2017, j’ai été capable de maintenir mon intérêt et ma concentration du 30 mai au 9 novembre, au travers d’un voyage en France et de plusieurs corrections de romans qui m’ont, à chaque fois, contrainte d’arrêter complètement d’écrire.

Et je le vis de nouveau en ce moment : quand je crois vraiment à un projet, ça déclenche au contraire mon hyperfocalisation. Je ne pense plus qu’à ça, je n’ai plus envie de faire que ça, et si je dois vraiment m’interrompre, j’ai juste hâte d’y retourner. Ça ne m’empêche pas d’avoir d’autres idées, de penser un peu à d’autres projets, mais la priorisation est facile et se fait toute seule.

Becca Syme a aussi écrit un livre qui s’appelle Dear Writer, Are You in Writer’s Block? et que j’ai trouvé encore plus utile, car plus concret, que celui sur l’écriture intuitive dont j’ai parlé dans mon dernier article. Elle y liste notamment les causes fréquentes l’un blocage d’écriture, et beaucoup d’entre elles m’ont paru très justes et tristement familières.

Désormais, si je devais expliquer le blocage qui m’a suivie pendant 4 ans, je saurais en identifier les causes… Mais la plus importante, celle qui l’a fait durer si longtemps, fut ma propre erreur : au lieu de régler les vraies causes, ou parfois de les accepter, j’ai tenté de forcer les choses. Et, comme un organe que l’on solliciterait trop tôt après une blessure, j’ai ainsi entretenu le problème, retardant sans cesse la guérison.

Pour refaire le lien avec le début de cet article, il me semble aujourd’hui que trois approches simultanées sont nécessaires face à un blocage :

  1. Oui, il y a des tactiques qui peuvent aider à les éviter ou à en sortir. C’est quand le blocage est dû à un facteur que l’on peut contrôler. La tactique peut consister à faire un plan ou à ne pas en faire, à chercher une information ou à échanger des idées avec quelqu’un. Ça peut être un rituel d’écriture à respecter, un environnement d’écriture à créer… Changer de lieu, changer de logiciel, changer de « méthode », etc.
  2. Mais il y a aussi… une grosse part de démystification et d’acceptation. Les blocages sont parfois inévitables, et ils ne sont pas forcément mauvais. Oui, tu as bien lu! Qui a dit qu’on devait être créative et productive 365 jours par an? Et pourtant, quand on se refuse le droit de ne pas réussir à écrire, c’est ce qu’on sous-entend. Certains écrivains peuvent être créatifs 365 jours par an, mais d’autres ont besoin de « recharger leurs batteries » (Becca Syme utilise les métaphores du champ qui doit être mis en jachère, et de la machine à pain qui doit cuire le pain pendant un temps donné avant qu’on puisse en sortir du pain comestible). Enfin, il y a aussi des évènements au-delà de notre contrôle qui peuvent nous bloquer (souvent de gros facteurs de stress, des chamboulements importants dans notre vie), et cela aussi, on ne peut que l’accepter et attendre que ça passe.
  3. Et enfin, il y a une sorte de maintenance créative à assurer sur le long terme. Son impact sur notre créativité est plus diffus : ce sont des actions qui ne garantissent pas, à elles seules, qu’on n’aura aucun blocage… Mais, un peu comme pour la santé, il s’agit d’habitudes de vie qui vont permettre de diminuer les risques.

Là aussi, à chacun-e de trouver les pratiques qui stimulent, favorisent et restaurent sa créativité. Ça inclut typiquement l’exposition à l’art d’autres personnes (comme lire des romans, écouter des films ou de la musique), des activités de détente (dormir, jouer à des jeux, sortir avec des amis, partir en voyage, faire du sport, du crochet, de la pâtisserie), mais aussi, celles qu’on oublie trop souvent, des limites, soit des actions négatives.

Pour moi, par exemple, c’est limiter le nombre de projets que je mène de front. Parce que je suis quelqu’un qui pense et réfléchit énormément aux choses à côté du temps que je passe à les faire… Et donc, plus je fais de choses, plus elles s’imposent à mon esprit, et moins elles me laissent de temps pour réfléchir à mon roman, ce dont j’ai absolument besoin pour réussir à écrire.

Pour cette même raison, les réseaux sociaux nuisent énormément à ma créativité. Parce qu’ils sont un concentré extrême de sujets, d’idées et de personnes, qui vont chacun mobiliser du temps de réflexion et de gestion émotionnelle (parce que je suis introvertie et qu’interagir avec des humains, même par écrans interposés, puise dans mes ressources), bien au-delà du temps réel et concret que je passe sur ces sites ou applications.

C’est pourquoi, pour ce mois de juillet 2022, j’avais pris la décision de couper complètement les réseaux sociaux pendant 30 jours… Mais cela, je t’en parlerai en détail dans un autre article, si ça t’intéresse.

L’écriture intuitive : bilan d’un premier jet

J’ai terminé l’écriture de ma romance fantasy.

Avant cela, j’ai passé quatre ans sans réussir à rien finir, hormis une nouvelle que je me suis forcée à écrire (et qui est depuis restée dans mes tiroirs, car le résultat ne me plaît pas). Honnêtement, j’en suis venue à parler de « magie » pour désigner ma créativité, tant elle me paraît capricieuse, incompréhensible, incontrôlable. Quand j’ai vaincu mon blocage en novembre dernier, je n’aurais pas su te dire pourquoi ni comment.

Et je ne te cache pas que c’est frustrant. Quand on espère faire carrière en tant qu’écrivaine, le fait que notre aptitude à écrire puisse disparaître du jour au lendemain, sans crier gare, sans raison apparente, et ne pas revenir avant des années, ça a de quoi angoisser. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, pendant longtemps, je n’ai pas assumé de vouloir devenir écrivaine.

Tu me diras peut-être que ce n’est pas grave. Que toutes les personnes qui aiment écrire ou raconter des histoires n’ont pas à le faire professionnellement, qu’on peut aussi se contenter d’écrire quand l’inspiration nous prend, et ne pas se mettre la pression quand elle n’est pas au rendez-vous. Voir l’écriture comme un passe-temps, en somme.

En réalité, c’est bel et bien ce que j’ai fait pendant la majeure partie de ma vie. Ça ne fait que cinq ans environ que je traite l’écriture comme une activité professionnelle, à laquelle j’alloue notamment du temps de travail, et vis-à-vis de laquelle je dresse des plans et me fixe des échéances. Tu me diras que ça n’a pas vraiment marché non plus, et je vais justement y revenir… Mais voici d’abord deux raisons pour lesquelles l’écriture en amatrice ne me convient pas, et devoir y revenir me fendrait le cœur :

La première est matérielle. Je n’arrive pas à écrire en marge d’une autre activité principale. J’ai essayé lorsque j’étais étudiante, j’ai essayé lorsque je travaillais un 40 heures/semaine alimentaire à Varsovie, j’ai essayé lorsque je travaillais un temps partiel flexible à mon compte… C’était très, très difficile pour moi de trouver le temps et l’énergie d’écrire. Soit je n’arrivais à écrire que l’été. Soit je devais sacrifier complètement ma vie sociale. Et encore, à l’époque, j’étais célibataire et sans enfant, ce qui n’est plus mon cas aujourd’hui. Après que mon fils est né, j’ai passé plus de deux ans sans même toucher à un seul manuscrit.

C’était le serpent qui se mordait la queue : je n’osais pas me consacrer à l’écriture tant que je ne m’étais pas prouvé que j’étais capable de finir un bon manuscrit, mais, si je n’étais pas capable de finir un bon manuscrit, c’était au moins en partie parce que je ne pouvais pas me consacrer à l’écriture. Et cela s’est avéré lorsque j’ai enfin arrêté mon autre activité principale : entre fin 2016 et fin 2017, j’ai réussi à terminer deux manuscrits de romans.

Du reste, le fait est que j’ai énormément de mal à trouver le temps et l’énergie pour le moindre passe-temps. Ces dernières années, j’ai essayé de me remettre à plusieurs pratiques créatives (le tricot, le dessin) et à plusieurs sports (le badminton, le jiu jitsu), et je n’y arrive tout simplement pas. Il n’y a que la lecture qui résiste, et le fait que ce soit lié à mon travail (autant d’éditrice que d’écrivaine) n’y est sans doute pas pour rien.

Et la deuxième raison, c’est tout bêtement que j’aime écrire. Je n’aime pas ne pas écrire. Alors, non, l’idée de me résigner à écrire « quand je peux », soit dans les interstices presque inexistants d’un quotidien dévoué à autre chose, ne me satisfait pas.

Cependant, le fait de me dire écrivaine, de ne pas avoir d’autre source conséquente de revenus, et de ne pas réussir à terminer un manuscrit pendant quatre ans… ne me satisfait évidemment pas non plus. Alors, en 2020, j’ai pris une décision concernant la partie matérielle-financière du problème : j’ai décidé de refaire de l’édition… mais à mi-temps. Je ne voulais pas que ça reprenne le contrôle de ma vie comme entre 2013 et 2016. Cette fois, sachant beaucoup mieux dans quoi je mettais les pieds, j’allais faire en sorte de garder du temps pour l’écriture.

Pour l’instant, je suis toujours alignée avec cette décision. Ce n’est pas tous les jours facile de jongler entre plusieurs activités et plusieurs projets, mais, d’un point de vue matériel, ça reste à mes yeux le meilleur compromis pour m’enlever un peu de pression vis-à-vis de l’écriture, tout en conservant la marge dont j’ai besoin pour continuer à écrire. Et le fait d’avoir réussi à terminer un premier jet le prouve, je crois.

En revanche, cette décision n’a pas, à l’époque, résolu mon blocage d’écriture. Or, ne pas réussir à écrire, quelle qu’en soit finalement la raison (par manque de temps, d’énergie, ou d’inspiration/de « magie »), c’est cela, la vraie souffrance, le vrai problème. Le temps que j’accorde à l’écriture dans ma vie, je peux ultimement le contrôler. Mais à quoi bon si j’ai aussi besoin de la magie, et que la magie, elle, je ne peux pas la contrôler?

Et je peux te dire que, pendant quatre ans, j’ai tout essayé pour la contrôler. Rien n’a marché. Puis, l’autre jour, j’écoutais Becca Syme, la fondatrice de la Better-Faster Academy (que j’ai découverte via des discussions d’autrices indé anglophones sur Twitter). Et, soudain, j’ai commencé à voir des motifs, des processus émerger dans ma pratique d’écriture. Il faut dire que j’écris depuis maintenant 25 ans, et que je fais un gros travail d’observation, de réflexion et d’expérimentation autour de mon « fonctionnement » depuis un an et demi. Mais, jusqu’à présent, ma seule conclusion solide ressemblait plutôt à un constat d’échec : il m’est impossible de contrôler cette « magie » qui me permet d’écrire.

Contrôler, sans doute… Mais si je pouvais au moins la comprendre, et la prédire dans une certaine mesure, est-ce que ce ne serait pas déjà immense, et peut-être suffisant pour bâtir une carrière autour?

Couverture du livre "Dear Writer, Are You Intuitive?"

Becca Syme parle d’écriture intuitive et des écrivains intuitifs, en étant une elle-même. Les écrivains dits « pantsers » ou jardiniers sont à priori intuitifs, tandis que les vrais architectes ont tendance à ne pas l’être. Cependant, la majorité des écrivain-es se situeraient entre ces deux pôles (d’où leur pertinence limitée en tant que catégories), et on peut donc tout à fait avoir besoin de planifier certains éléments à l’avance, et écrire malgré tout de façon essentiellement intuitive. S’il t’est déjà arrivé d’être bloqué-e parce que tu avais trop travaillé ton plan ou trop réfléchi à tes intentions, il y a des chances pour que tu sois un-e écrivain-e intuitif-ve.

Dans le livre Dear Writer, Are You Intuitive? co-écrit par Becca Syme et Susan Bischoff, cette dernière utilise aussi le terme de « magie » pour décrire son processus créatif. Incroyable! Ce n’est pourtant pas une métaphore si singulière, mais on dirait que personne n’ose en parler ainsi. On nous a tellement prêché que, si on voulait prendre l’écriture au sérieux et être pris-es au sérieux en tant qu’écrivain-es, il fallait faire le travail, se mettre à l’ouvrage, vaincre la résistance, le cul sur la chaise et les doigts sur le clavier, etc.

Les attitudes et conseils de ce genre sont tellement omniprésents que, même s’ils ne m’ont jamais parlé, je ne me sentais pas légitime à les rejeter en bloc, sans les avoir essayés. Vraiment essayés. Essayés suffisamment longtemps. Essayés en combinaison avec d’autres tactiques, etc. Je me rends compte aujourd’hui de tout le temps que j’ai perdu à tester des processus qui n’étaient pas faits pour moi, mais aussi à la confiance en moi que j’ai perdue en m’infligeant tous ces échecs courus d’avance.

Ça fait 25 ans que j’écris, alors, oui, j’ai une certaine idée de la façon dont j’écris, de ce qui fonctionne ou pas pour moi, de ce qui m’aide ou me bloque. Seulement, d’une part, c’était difficile à systématiser tant que mon obstacle principal était matériel (manque de temps et/ou d’énergie). C’est le problème de la variable confondante. D’autre part, je plaide coupable : l’écriture intuitive se ressent tellement comme une forme de magie que j’avais instinctivement du mal à m’imaginer pouvoir l’analyser rationnellement.

En passant, c’est aussi ce qui explique l’absence de processus d’écriture intuitifs dans les cours, méthodes et conseils d’écriture. L’écriture intuitive est par essence subjective, en grande partie inconsciente, et ne peut donc pas s’enseigner, se transmettre de la même façon qu’un processus non-intuitif. Par conséquent, même si je reconnaissais la partie intuitive de mon écriture — puisque je la vivais —, je la considérais comme un stade non mature de mon évolution d’écrivaine, quelque chose que je devais dépasser, contrebalancer, contrôler. Alors que j’aurais mieux fait d’essayer de la comprendre, de l’accepter… en somme, de suivre mon intuition!

Mon bilan en tant que tel est au fond de peu d’importance (pour toi, pas pour moi), puisqu’il est éminemment personnel. Mais on ne sait jamais, il pourrait t’inspirer. En tout cas, il te donnera des exemples concrets de ces fameuses vérités (vérités en ce qui me concerne, et non vérités absolues ou générales) que j’aurais dû accepter il y a des années, plutôt que de les remettre sans cesse en question.

1. J’ai besoin d’écrire de façon linéaire, parce que ce qui suit dépend de ce que j’ai écrit avant. Pas juste de ce qui s’est passé en termes objectifs (et qui peut être décrit dans un plan), mais de la façon dont je l’ai écrite, et notamment des émotions et intentions des personnages, que je n’arrive à réellement saisir qu’en écrivant une version stable du manuscrit. Toutefois, il m’est possible de laisser des trous, voire de sauter quelques scènes, si ceux-ci ne contiennent pas d’information cruciale pour l’évolution interne de mes protagonistes.

2. L’évolution interne de mes protagonistes est ce que Becca Syme appelle les « coordonnées ». C’est l’information dont une écrivaine intuitive a besoin pour pouvoir écrire. Pour les plus pantsers d’entre nous, ce ne sera presque rien, juste une idée, un concept. Pour ma part, j’ai besoin de connaître l’évolution de mes protagonistes du début à la fin. Si celle-ci cesse d’être claire ou d’avoir du sens à mes yeux, cela me bloque immédiatement. Je préfère aussi avoir une certaine idée des principaux évènements de l’intrigue (ou, en tout cas, du type d’évènement qui doit arriver à différents tournants de l’intrigue), mais « ce qui se passe » objectivement dans l’histoire est beaucoup plus facile à improviser pour moi. Inversement, ça peut me bloquer si je ne m’autorise pas suffisamment à improviser à cet égard.

3. Ça signifie que, si je suis bloquée, la solution n’est pas de me demander : qu’est-ce qui pourrait se passer ici pour que ce soit plus intéressant? Mais : qu’est-ce que mes protagonistes ont besoin de comprendre ou de vivre ici pour pouvoir arriver à l’étape suivante de leur évolution interne?

4. Si j’ai écrit une scène qui me mène à une impasse, et notamment où j’ai le sentiment de ne pas avoir respecté la vérité interne de mes protagonistes, j’ai besoin de la réécrire à partir de zéro avant d’écrire la suite.

5. Je suis incapable de respecter des échéances (ou peut-être de me fixer des échéances que je suis capable de tenir?). Je suis plus productive quand je participe à des défis. Mais me mettre au défi de respecter une échéance, bizarrement, ça ne marche pas! Un défi ne peut pas être trop long et doit contenir, au moins implicitement, une consigne quotidienne claire.

6. L’idée même d’un « premier jet » ne me parle pas, parce que je n’écris pas de cette façon. Il n’y a aucune étape de mon processus qui correspond vraiment à cette définition. Mon premier travail a lieu dans ma tête, puis sur papier, mais ce que j’y fais n’est pas un « jet », en tout cas pas forcément. Ça peut être rapproché d’un brouillon d’exploration ou d’un aide-mémoire. La première vraie version de mon manuscrit, c’est celle que je tape à l’ordinateur, mais, à ce stade, elle a déjà été retravaillée… Il n’y en a juste pas forcément de trace concrète, parce que j’écris et réécris beaucoup dans ma tête. Alors, oui, on peut réécrire une page blanche. La preuve : je le fais tout le temps. (Et merci à Becca Syme de m’avoir donné le courage de le revendiquer.)

7. Si je m’installe devant l’ordinateur en n’ayant pas suffisamment travaillé en amont ce que je suis censée écrire, que ce soit dans ma tête ou sur mon brouillon, je vais procrastiner. Ce n’est pas un risque, c’est une certitude.

8. J’ai du mal à écrire dans ma tête si d’autres choses me préoccupent ou stimulent mon cerveau au même moment. Dans ce cas, il vaut mieux essayer directement le brouillon sur papier, car ça m’aide à poser mon attention.

9. J’ai besoin d’écrire le matin, avant de consulter mes emails, mes serveurs Discord ou le moindre réseau social.

10. Enfin, je sais que j’en ai déjà beaucoup parlé, mais… le temps et l’énergie. Je dois en particulier arrêter de m’attendre à en avoir assez : le soir après 22 heures, quand je suis debout à m’activer depuis 7 heures du matin, ou quand je travaille sur un gros projet avec une échéance externe (par exemple la correction d’un roman).

En conclusion, juste pour que ce soit clair : tu peux parfaitement être intuitif-ve et écrire d’une façon très différente de la mienne. L’intuition n’est qu’un seul aspect de notre fonctionnement. Si tu comprends l’anglais et que le sujet t’intéresse, je t’invite à écouter la série de Becca Syme sur les écrivains intuitifs : la playlist sur YouTube.

Et toi, qu’est-ce que tout ça t’inspire? As-tu plutôt l’impression d’être guidé-e par ton intuition lorsque tu écris, ou bien de suivre un processus objectif?

Comment en suis-je venue à vouloir être écrivaine?

J’aime lire depuis que j’en suis capable. J’ai aussi toujours été assez créative; petite, je dessinais, j’écrivais des poèmes, de petites histoires, je fabriquais de faux magazines.

Mais la première fois que j’ai réellement voulu écrire un roman, je devais avoir dans les 9 ans (c’était au début du CM2, la 5e année du primaire en France). Il y avait une nouvelle dans ma classe qui avait écrit un conte dans son école précédente. Et notre prof a fait de son édition un projet de classe : nous l’avons relu, corrigé, illustré, mis en page, imprimé et relié (avec une reliure en spirale en plastique).

C’est cette expérience qui a concrétisé l’idée dans ma tête : moi aussi, je peux écrire un conte! Et même carrément un roman! (Puisque je lisais beaucoup de romans jeunesse à l’époque.)

Pour moi, l’écriture a donc rapidement été liée à l’envie d’être éditée, lue, reconnue. L’écriture n’a jamais été un pur plaisir solitaire, et je n’écris pas non plus par « besoin » d’exprimer une histoire précise, même si j’ai appris au fil des années que porter un message fort, qui nous tient à cœur, aide beaucoup à persévérer.

Hélas, la désillusion a vite succédé à cette première ambition. Je n’ai écrit que quelques pages de ce premier roman avant de l’abandonner. Ma narration laissait à désirer et je ne savais pas où j’allais avec mon intrigue; je me suis lassée moi-même de mon projet, en même temps que je me suis rendu compte que ça n’intéresserait personne.

Cependant, la graine était plantée. Après ça, je n’ai plus jamais abandonné l’idée d’écrire un roman. Il fallait juste que je trouve une meilleure idée, que j’imagine une meilleure histoire, et que je l’écrive mieux. J’ai ainsi écrit plusieurs autres débuts d’histoires pendant mon année de sixième; c’est aussi la seule période où j’ai fait lire un peu de ce que j’écrivais, à mes amies de l’époque.

Le deuxième évènement qui m’a marquée fut le visionnage du film Dead Poets Society, à l’automne 1998. J’avais 11 ans, et nous venions d’acquérir une télévision. Tout à coup, je découvrais le cinéma (via les goûts de ma mère, qui empruntait surtout de vieux films, ou enregistrait ceux qui passaient la nuit sur France 3 ou sur Arte).

Avec le recul, je ne sais pas à quel point Dead Poets Society est vraiment profond ou pertinent. Mais, si vous ne connaissez pas, Robin Williams y joue un prof d’anglais anticonformiste qui va encourager l’un de ses étudiants dans sa passion pour le théâtre, à l’encontre des souhaits très conservateurs de la famille du jeune homme. À la fin, ce dernier se suicide.

Vous avez compris : c’est un film qui exalte les arts et la passion artistique, l’idée de se rebeller et d’oser faire ce qu’on a réellement le désir de faire, ce qui nous fait nous sentir vivants. Le film m’a touchée, m’a plu et, d’une façon assez méta, j’ai réalisé que ce que j’avais réellement envie de faire, c’était justement de toucher à mon tour un public comme ce film m’avait touchée, de lui plaire comme ce film m’avait plu. J’avais envie de raconter des histoires comme l’histoire de ce film.

C’est là que ma passion pour les livres et les romans s’est faite un peu plus abstraite, et s’est muée en passion pour les histoires, quel que soit leur support. À travers ma mère cinéphile, je me suis notamment intéressée au scénario, et c’est ce qui m’a pour la première fois mise en contact avec la dramaturgie et toutes les théories qui entourent la construction d’histoires (comme le « voyage du héros »). On est à la fin des années 90.

Pour autant, je n’ose dire à personne que je rêve d’écrire des histoires. Je ne souffre pourtant ni de conformisme ni d’un manque d’ambition. Je dis volontiers que j’aimerais être dessinatrice, voire bédéiste (un métier qui combine ma passion secrète pour les histoires et mon talent pour le dessin), ou encore éleveuse de chevaux (LOL). Mais écrire des histoires, c’est trop cher à mon cœur; c’est mon vrai rêve, alors je le protège. Trop peur qu’on me l’écorne, ou d’échouer devant tout le monde.

Parce qu’au fond de moi, je ne sais pas si j’en suis capable. J’ai toujours été douée en dessin, tout le monde me le dit. Ça m’est venu facilement et je n’ai jamais eu à faire d’efforts pour bien dessiner (spoiler : c’est aussi pour ça que j’ai fini par arrêter; parce qu’une fois qu’il a fallu faire des efforts, ça n’en a plus valu la peine). L’écriture, c’est l’inverse. Je suis ultra-nulle. Pour moi qui suis la première de la classe, qui ai l’habitude de tout réussir du premier coup, c’est le choc.

En vrai, je me heurte au problème de l’autodidacte : comme il n’y a pas de curriculum, mes seuls modèles sont des romans classiques. J’ai 12 ans et je me compare à Alexandre Dumas! Alors qu’à l’école, on t’enseigne les choses de façon progressive, en tenant compte de ton niveau actuel et de tes acquis préalables.

Toutes ces années, je garde donc l’écriture comme un passe-temps secret. Il peut se passer plusieurs mois sans que j’écrive (voire plus d’un an lorsque je commence mes études supérieures), mais j’y reviens toujours. Dans ma tête, être écrivaine est un rêve peu réaliste, pas parce qu’écrivain ou scénariste n’est pas un vrai métier, mais parce que je ne suis pas sûre que je possède le talent nécessaire pour le devenir. Le talent, ou peut-être la discipline (mais la discipline est un talent comme un autre).

Puis arrive 2008, l’année où je termine mes deux licences. Et se pose donc de nouveau la question : et maintenant, qu’est-ce que je fais? J’ai choisi mes études au hasard. Elles ne m’ont pas déplu; elles m’ont même permis de faire des expériences tout à fait extraordinaires. Je me suis fait des amis, j’ai voyagé, j’ai fait la fête, j’ai travaillé; bref, j’ai vécu. Mais autant, à 17 ans, je ne sentais pas la pression d’entrer tout de suite dans la vie active, autant, quatre ans plus tard (car j’ai fait des licences en 4 ans)… je commence à me dire qu’il faut que je m’oriente. Que je décide. Que j’avance.

Et ce que je constate, c’est que, même après quatre ans, même après toutes ces expériences, après tous ces chamboulements, après tout ce qui a changé en moi, dans ma vision du monde et de la vie, il y a un rêve qui ne m’a pas quittée, un désir qui n’a pas varié. Ma boussole indique toujours le nord, et le nord, c’est écrire des histoires. (À ce moment-là, je n’ai toujours pas fini de roman, mais j’ai écrit plusieurs nouvelles et même une novella.)

Je me fais alors deux réflexions : la première, c’est que je ne suis peut-être pas capable d’écrire des chefs-d’oeuvre qui deviendront des classiques, et que ce n’est pas grave. Il faut savoir qu’à l’époque, je ne lis que des classiques, et surtout aucune littérature contemporaine. Or, je me rappelle soudain que, jusqu’à mes 17 ans, je fréquentais exclusivement les rayons jeunesse à la bibliothèque locale. Je lisais beaucoup de Young Adult, de polar, d’historique, de romans d’aventures… et s’il y avait une petite histoire d’amour à côté, c’était encore mieux.

Et la deuxième réflexion, c’est qu’en réalité, le public est sûrement plus vaste pour ce genre de romans que pour une sorte de littérature élitiste inspirée des classiques. En d’autres termes, si mon objectif est de faire carrière, j’ai sans doute tout intérêt à écrire des romans commerciaux, davantage codifiés. Et ça, ça tombe bien, je m’en sens capable.

Commence alors la recherche de ce que je pourrais écrire… c’est-à-dire ce que j’aimerais écrire. Je m’intéresse dans un premier temps à la littérature jeunesse, puisque c’est ce que je connais le mieux. Je découvre à cette occasion le Stratemeyer Syndicate, qui était derrière la publication de séries telles que les enquêtes d’Alice Roy (Nancy Drew en version originale). Sa soi-disant autrice, Caroline Quine (Carolyn Keene en version originale), n’a jamais existé. Il s’agissait d’un pseudonyme recouvrant un ensemble de prête-plumes, parmi lesquels Stratemeyer lui-même et sa fille.

En fin de compte, je me tourne vers la romance. Je ne connais encore rien à la romance, mais je pense au fameux éditeur Harlequin, qui est connu pour ça. Je n’en ai jamais lu, mais qui sait? Ça pourrait me plaire, puisque j’adore les histoires d’amour; la preuve, je trouve toujours le moyen d’en caser dans mes projets.

Je commence donc à lire de la romance et à essayer d’en écrire. Le hic avec ce genre, c’est que les éditeurs francophones n’en veulent pas. Tout ce qui se publie en français, que ce soit du côté de Harlequin, de J’ai Lu et, plus récemment, de Milady, ce sont des traductions de l’anglais. Alors, j’oscille. Entre « mais c’est une super opportunité business, pourquoi est-ce que personne ne se lance dans la romance en francais? » et « tant pis, j’écrirai en anglais ».

En vrai, j’oscille à beaucoup de niveaux pendant ces années-là. Entre 2008 et 2009, je vais vivre dans quatre pays différents (République tchèque, Pologne, France, Canada), je vais tenter de m’inscrire dans trois cursus universitaires différents, et je vais enchaîner les petits boulots. Parce que j’ai beau avoir décidé de prendre l’écriture au sérieux, j’ai fait assez de recherches sur l’édition pour savoir que je ne suis pas près d’en vivre.

Objectivement, je continue donc à traiter l’écriture comme un passe-temps secret… Mais, au moins, j’ai les bases d’un plan : je sais ce que je dois écrire pour espérer en vivre un jour. Il s’agit de la réponse commune aux trois questions suivantes :

1. Que suis-je capable d’écrire?

2. Qu’est-ce que j’aime écrire?

3. Qu’est-ce qui a un public?

La suite, je t’en parlerai la prochaine fois… Dis-moi en attendant : que seraient tes réponses à toi à mes trois questions?

Écrire le matin

Les preuves s’accumulent, je ne peux plus nier la régularité qui se dessine : il y a des activités qu’il vaut mieux faire le matin. (Je parle pour moi, bien sûr. En ce moment. Je ne sais pas si ça a toujours été ni si ce sera toujours le cas.)

La correction ligne par ligne (ou révision linguistique et stylistique), notamment, mais aussi l’écriture. À priori, tout travail qui nécessite une concentration soutenue sur une période de temps assez longue. Quand j’arrive à le caser dans mon bloc horaire du matin 9 h à 11 h 45), ça se passe plutôt bien. Mais, certains jours, quand j’avais des réunions le matin, il m’est arrivé de repousser la correction ou l’écriture vers le bloc horaire de l’après-midi (12 h 45 à 15 h 30)… Mauvaise idée.

Je n’arrive pas du tout à me concentrer l’après-midi. Pas du tout. En tout cas, pas quand j’ai travaillé le matin. Quand je suis en congé, c’est différent. Si je ne m’y mets que l’après-midi parce que j’ai fait la grasse mat’ et du ménage entre temps, ça passe. Et ça ne veut pas dire non plus que je ne peux pas travailler l’après-midi; il y a des tâches qui ne me posent pas de problème. Mais la correction et l’écriture n’en font pas partie.

À part ça, j’ai mon plan pour Nocturne (car je n’aime pas planifier davantage que ce que j’ai décrit la dernière fois). Cette semaine, je me suis lancée dans le brouillon, et ça allait plutôt bien. Mais l’épreuve du feu, je savais que ce serait la retranscription à l’ordinateur… Soit ce sur quoi j’ai passé 4 heures cet après-midi, pour un résultat qui n’atteint même pas les 400 mots (mais c’est l’intégralité de ma première scène).

Alors, j’ai un fatras de pensées par rapport à ça.

Déjà, il faut savoir que j’ai écrit le début de ce roman une bonne vingtaine de fois, sans exagérer. J’ai un énorme bagage émotionnel marqué « échec » qui accompagne cet acte. C’est pourquoi j’ai procrastiné toute la semaine et toute la matinée, et quand je m’y suis mise j’avais le cœur qui battait. Et je m’attendais à ce que ce soit long et difficile à mettre en route.

Mais, à ce propos, je suis toujours ambivalente. Il y a une partie de moi qui pense : prends tout le temps dont tu as besoin, sois perfectionniste, sois obsessionnelle si c’est ce qui peut te permettre de te sentir sûre de toi ensuite, de pouvoir continuer parce que la fondation te paraîtra solide.

Or, d’un autre côté, les textes que j’écris vite et facilement ont tendance à être meilleurs que ceux que je triture longuement (je réécris très peu; mes textes finaux sont très proches de mes premiers jets à l’ordinateur). Cela s’est d’ailleurs produit à plusieurs reprises lors de mes précédentes tentatives d’écrire ce même roman : j’ai passé des heures sur ma première scène… pour la trouver après coup complètement ratée.

Au bout de 2 heures et demie, j’étais donc persuadée d’être retombée dans ce piège. Sauf que j’y croyais, à mon brouillon. Je m’étais bien amusée à l’imaginer, il m’avait semblé bon. Le problème, c’était peut-être que j’avais trop voulu broder, au lieu de m’en tenir à ce que j’avais noté sur mon papier. Alors, comme il me restait un peu de temps, je me suis donné une seconde chance de faire quelque chose de bien de cette scène. Je suis revenue devant l’ordinateur, prête à tout réécrire… et, en fin de compte, je me suis relue et ce n’était pas si mal.

J’ai donc fini de fignoler ma scène et, quand j’aurai le temps, j’écrirai la suivante.