La Ballade de Fronin et Face aux démons, d’Etienne Bar

Je me rends compte avec effroi que je n’ai chroniqué aucune de mes lectures de 2015, alors on va y venir (parce que ça vaut le coup), mais là, tout de suite, j’ai envie de partager avec vous un coup de cœur inattendu de ce début d’année : La Ballade de Fronin, d’Etienne Bar (et Face aux démons, un roman indépendant, mais qui se situe dans la suite chronologique du premier).

LaBalladedeFronin

J’ai ce roman dans ma liseuse depuis au moins 2013, mais j’ai longtemps repoussé sa lecture, parce que je n’étais pas assez sûre de l’aimer. Ce scepticisme reposait sur trois arguments : le premier, c’est que j’avais lu une nouvelle de l’auteur (située dans le même univers, et avec un personnage qu’on retrouve dans La Ballade…, il me semble) et qu’elle ne m’avait pas conquise. Le deuxième, ce sont les chroniques que j’avais lues du livre (enfin, plutôt de Face aux démons, mais, encore une fois, même auteur, même univers, mêmes personnages) et la présentation que l’auteur lui-même en faisait. Et le troisième, c’est qu’il s’agissait d’autoédition, en français qui plus est.

Le premier et le dernier argument relèvent de préjugés, j’en conviens, mais sont sans doute compréhensibles. Le deuxième ne l’est pas forcément, quand on sait que les chroniques dont je parle étaient toutes positives. Mais voilà… qu’est-ce que ça signifie, des chroniques positives ? Je m’intéresse aux livres depuis assez longtemps pour savoir que n’importe quel texte a ses fans et ses détracteurs. On trouvera toujours des gens pour encenser, comme on trouvera des gens pour critiquer. Il serait éventuellement intéressant de connaître la proportion de celleux qui aiment vs celleux qui n’aiment pas, mais même cette donnée n’a de sens que sur un nombre d’avis statistiquement significatif. Arbitrairement, je dirais au moins 1000. En bas de ça, on reste dans l’anecdotique, et les tendances observées n’ont pas de valeur objective.

Par contre, les chroniques ont une valeur subjective de par leur contenu. Finalement, peu m’importe que quelqu’un aime ou pas (nous avons peut-être des goûts opposés), mais si je sais ce que cette personne a aimé ou détesté, alors je suis déjà plus en mesure d’imaginer ma propre réaction face à ces mêmes éléments. Pourtant, mon expérience avec La Ballade de Fronin m’a prouvé que même ce genre de raisonnement peut se révéler complètement à côté de la plaque…

La vérité, c’est que je me méfie d’office de tout texte qui se prétend différent, original, tellement au-dessus des clichés et pas comme les autres romans du genre qui sont publiés et trouvent du succès de nos jours. Moi, j’aime la littérature de genre, que ce soit romance, fantasy ou SF (policier, ça m’attire moins), justement parce que d’un titre à un autre, on y retrouve des trucs typiques, des trucs que j’aime, précisément, dont je ne me lasse pas — tant qu’ils sont bien traités. En général, mes goûts suivent aussi ceux du plus grand nombre : j’aime les classiques et les bestsellers (même si je ne comprends pas pour autant les succès d’exception, comme Harry Potter, Twilight ou Fifty Shades of Grey, qui ne mériteraient à mon sens que d’être des bestsellers comme les autres).

Or, là… La Ballade de Fronin, c’est certes original, rafraîchissant, mais ça n’en est pas moins de la bonne vieille fantasy comme on l’aime, comme je l’aime. Alors, la fantasy n’est pas un genre uniforme ; depuis le temps, plusieurs styles parfois très différents se sont distingués. Et les romans d’Etienne Bar ne sont peut-être pas en plein dans la mode actuelle (cette phrase est une litote, hein), ce qu’on appelle la grimdark fantasy, avec ses morts à foison et ses personnages moralement ambigus. En revanche, ça reste de la fantasy classique avec des elfes, des nains et des dragons, un héros pur et bien intentionné qui s’embarque dans une quête dont il ignore au départ le but, et qui découvre en passant qu’il possède un don particulier…

Cela dit, ce n’est pas que de la bonne fantasy. C’est davantage. Les aventures se succèdent de façon passionnante et ça se lit tout seul, mais, surtout, surtout, je dirais que ce roman a le pouvoir magique de vous rendre heureux. En romance, on parle de « romance doudou » ; eh bien, j’ai découvert avec La Ballade de Fronin qu’il existait aussi de la fantasy doudou ! On s’y réfugie avec une sensation de quelque chose de chaud et d’agréable autour du cœur, et on se surprend à y rêvasser au cours de la journée avec des petits soupirs de contentement. En effet, Libreterre, la plus vaste île des Folandes, où se déroule l’intrigue, est une utopie. Je travaille moi-même en vain depuis des années sur un projet de « SF YA utopique », alors forcément, ça me touche — et comment ! —, parce que l’utopie, ça ne court pas les rues… Non, en ce moment, la mode est plutôt à l’inverse, la dystopie, et même si je n’ai rien contre ça à priori, j’ai déjà expliqué dans ma chronique des Hunger Games mes doutes et mes réserves face au phénomène de mode que connaît actuellement ce genre.

Dans La Ballade de Fronin, il y a des ennemis méchants, très méchants, mais ils sont tous humains. Et ce qui est merveilleux sous la plume d’Etienne Bar, c’est que, pour une fois, on questionne l’opposition « nous »/« eux » (sans toutefois tomber dans la facilité et l’insignifiance du « tout est gris », que je vomis par ailleurs). Je ne sais pas si vous aviez remarqué, mais, en fantasy et en SF, le rôle des méchants échoit souvent à des personnages non-humains, ou du moins dont on a effacé les caractéristiques humaines : des orcs, des démons, des zombies, des stormtroopers (le dernier Star Wars et super intéressant/incohérent à cet égard ; j’ai hâte d’y revenir dans une chronique dédiée)… Ces personnages ne sont pas juste « non-humains », ils sont fondamentalement, par nature, mauvais. Ils sont une incarnation du mal, de la mort. Ça permet aux « gentils » de les dégommer sans hésitation ni mauvaise conscience.

Entendez-moi bien : ça ne me gêne pas en soi — on est dans un univers imaginaire, c’est fait pour ça, régalez-vous, les gars ! Mais, quand même, je ne peux pas m’empêcher de me demander si ça ne reflète pas et n’entretient pas à la fois cette idée qu’il existe, qu’il peut exister, y compris dans notre monde réel, une guerre juste, une mort méritée. L’idée aussi que, face à un adversaire violent et destructeur, la seule solution est de lui faire tomber une ou deux bombes bien senties sur la tête, de lever une armée et de produire des armes, toujours plus d’armes, toujours plus subtiles. Évidemment, c’est un sujet qui m’interpelle d’autant plus dans le contexte politique actuel, où nos dirigeants semblent se prendre pour les scénaristes du prochain Star Wars

En sortant de la séance de The Force Awakens, je songeais justement : on a besoin d’une histoire qui serait à la fois épique et pacifique. Qui ne glorifie pas la guerre, sans pour autant tomber dans l’inaction ou l’angélisme. Qui en jette, sans avoir à recourir aux explosions et au sang. Eh bien, on dirait que ma prière a été exaucée avec La Ballade de Fronin ! Un livre à mettre entre toutes les mains, vraiment.

FaceAuxDemons

Face aux démons est un peu différent. D’abord dans sa narration, puisqu’on a droit cette fois à une ribambelle de points de vue, alors que La Ballade… se concentrait sur Fronin et Néalanne*. Ensuite, parce que ma réflexion précédente ne s’y applique pas autant, la faute aux sangrelins et aux… bah, ouais, démons du titre. Et peut-être que j’ai un tout petit peu moins aimé que La Ballade… — je ne suis pas sûre au juste pourquoi (peut-être l’attrait de la nouveauté, l’enthousiasme de la découverte qui s’est effrité ?). Mais ça n’en reste pas moins une très bonne lecture, où on retrouve avec plaisir les personnages qu’on a aimés dans le roman précédent, ses questions de stratégie géopolitique, ses rebondissements incessants.

En conclusion, ne faites pas comme moi : ne vous laissez pas influencer par vos préjugés et n’attendez pas trois ans. Achetez et dévorez ces livres tout de suite ! (Il y a aussi un recueil de nouvelles, Friponnes, que je n’ai pas encore lu, et d’autres textes encore, je crois, pas édités de façon professionnelle.)

Les livres existent en version numérique sur YouScribe : ici et ici (il faut créer un compte, mais c’est super simple et ça n’engage à rien ; on peut même payer par PayPal) et, si vous êtes en Europe, en version papier à 15 €, dans une librairie de Rennes ou en commande directe à l’auteur (+ 3 € de frais de port si applicables), qui vous offrira alors gratuitement la version numérique. Tous les détails et le bon de commande sont ici : Libreterre – Où trouver nos livres.

* Une des raisons pour lesquelles je ne suis pas fan du titre choisi pour La Ballade de Fronin est qu’il ne présage pas du tout de l’importance quasi égale accordée à Néalanne, un personnage formidable auquel on s’attache d’ailleurs tout autant.

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