Comment en suis-je venue à vouloir être écrivaine?

J’aime lire depuis que j’en suis capable. J’ai aussi toujours été assez créative; petite, je dessinais, j’écrivais des poèmes, de petites histoires, je fabriquais de faux magazines.

Mais la première fois que j’ai réellement voulu écrire un roman, je devais avoir dans les 9 ans (c’était au début du CM2, la 5e année du primaire en France). Il y avait une nouvelle dans ma classe qui avait écrit un conte dans son école précédente. Et notre prof a fait de son édition un projet de classe : nous l’avons relu, corrigé, illustré, mis en page, imprimé et relié (avec une reliure en spirale en plastique).

C’est cette expérience qui a concrétisé l’idée dans ma tête : moi aussi, je peux écrire un conte! Et même carrément un roman! (Puisque je lisais beaucoup de romans jeunesse à l’époque.)

Pour moi, l’écriture a donc rapidement été liée à l’envie d’être éditée, lue, reconnue. L’écriture n’a jamais été un pur plaisir solitaire, et je n’écris pas non plus par « besoin » d’exprimer une histoire précise, même si j’ai appris au fil des années que porter un message fort, qui nous tient à cœur, aide beaucoup à persévérer.

Hélas, la désillusion a vite succédé à cette première ambition. Je n’ai écrit que quelques pages de ce premier roman avant de l’abandonner. Ma narration laissait à désirer et je ne savais pas où j’allais avec mon intrigue; je me suis lassée moi-même de mon projet, en même temps que je me suis rendu compte que ça n’intéresserait personne.

Cependant, la graine était plantée. Après ça, je n’ai plus jamais abandonné l’idée d’écrire un roman. Il fallait juste que je trouve une meilleure idée, que j’imagine une meilleure histoire, et que je l’écrive mieux. J’ai ainsi écrit plusieurs autres débuts d’histoires pendant mon année de sixième; c’est aussi la seule période où j’ai fait lire un peu de ce que j’écrivais, à mes amies de l’époque.

Le deuxième évènement qui m’a marquée fut le visionnage du film Dead Poets Society, à l’automne 1998. J’avais 11 ans, et nous venions d’acquérir une télévision. Tout à coup, je découvrais le cinéma (via les goûts de ma mère, qui empruntait surtout de vieux films, ou enregistrait ceux qui passaient la nuit sur France 3 ou sur Arte).

Avec le recul, je ne sais pas à quel point Dead Poets Society est vraiment profond ou pertinent. Mais, si vous ne connaissez pas, Robin Williams y joue un prof d’anglais anticonformiste qui va encourager l’un de ses étudiants dans sa passion pour le théâtre, à l’encontre des souhaits très conservateurs de la famille du jeune homme. À la fin, ce dernier se suicide.

Vous avez compris : c’est un film qui exalte les arts et la passion artistique, l’idée de se rebeller et d’oser faire ce qu’on a réellement le désir de faire, ce qui nous fait nous sentir vivants. Le film m’a touchée, m’a plu et, d’une façon assez méta, j’ai réalisé que ce que j’avais réellement envie de faire, c’était justement de toucher à mon tour un public comme ce film m’avait touchée, de lui plaire comme ce film m’avait plu. J’avais envie de raconter des histoires comme l’histoire de ce film.

C’est là que ma passion pour les livres et les romans s’est faite un peu plus abstraite, et s’est muée en passion pour les histoires, quel que soit leur support. À travers ma mère cinéphile, je me suis notamment intéressée au scénario, et c’est ce qui m’a pour la première fois mise en contact avec la dramaturgie et toutes les théories qui entourent la construction d’histoires (comme le « voyage du héros »). On est à la fin des années 90.

Pour autant, je n’ose dire à personne que je rêve d’écrire des histoires. Je ne souffre pourtant ni de conformisme ni d’un manque d’ambition. Je dis volontiers que j’aimerais être dessinatrice, voire bédéiste (un métier qui combine ma passion secrète pour les histoires et mon talent pour le dessin), ou encore éleveuse de chevaux (LOL). Mais écrire des histoires, c’est trop cher à mon cœur; c’est mon vrai rêve, alors je le protège. Trop peur qu’on me l’écorne, ou d’échouer devant tout le monde.

Parce qu’au fond de moi, je ne sais pas si j’en suis capable. J’ai toujours été douée en dessin, tout le monde me le dit. Ça m’est venu facilement et je n’ai jamais eu à faire d’efforts pour bien dessiner (spoiler : c’est aussi pour ça que j’ai fini par arrêter; parce qu’une fois qu’il a fallu faire des efforts, ça n’en a plus valu la peine). L’écriture, c’est l’inverse. Je suis ultra-nulle. Pour moi qui suis la première de la classe, qui ai l’habitude de tout réussir du premier coup, c’est le choc.

En vrai, je me heurte au problème de l’autodidacte : comme il n’y a pas de curriculum, mes seuls modèles sont des romans classiques. J’ai 12 ans et je me compare à Alexandre Dumas! Alors qu’à l’école, on t’enseigne les choses de façon progressive, en tenant compte de ton niveau actuel et de tes acquis préalables.

Toutes ces années, je garde donc l’écriture comme un passe-temps secret. Il peut se passer plusieurs mois sans que j’écrive (voire plus d’un an lorsque je commence mes études supérieures), mais j’y reviens toujours. Dans ma tête, être écrivaine est un rêve peu réaliste, pas parce qu’écrivain ou scénariste n’est pas un vrai métier, mais parce que je ne suis pas sûre que je possède le talent nécessaire pour le devenir. Le talent, ou peut-être la discipline (mais la discipline est un talent comme un autre).

Puis arrive 2008, l’année où je termine mes deux licences. Et se pose donc de nouveau la question : et maintenant, qu’est-ce que je fais? J’ai choisi mes études au hasard. Elles ne m’ont pas déplu; elles m’ont même permis de faire des expériences tout à fait extraordinaires. Je me suis fait des amis, j’ai voyagé, j’ai fait la fête, j’ai travaillé; bref, j’ai vécu. Mais autant, à 17 ans, je ne sentais pas la pression d’entrer tout de suite dans la vie active, autant, quatre ans plus tard (car j’ai fait des licences en 4 ans)… je commence à me dire qu’il faut que je m’oriente. Que je décide. Que j’avance.

Et ce que je constate, c’est que, même après quatre ans, même après toutes ces expériences, après tous ces chamboulements, après tout ce qui a changé en moi, dans ma vision du monde et de la vie, il y a un rêve qui ne m’a pas quittée, un désir qui n’a pas varié. Ma boussole indique toujours le nord, et le nord, c’est écrire des histoires. (À ce moment-là, je n’ai toujours pas fini de roman, mais j’ai écrit plusieurs nouvelles et même une novella.)

Je me fais alors deux réflexions : la première, c’est que je ne suis peut-être pas capable d’écrire des chefs-d’oeuvre qui deviendront des classiques, et que ce n’est pas grave. Il faut savoir qu’à l’époque, je ne lis que des classiques, et surtout aucune littérature contemporaine. Or, je me rappelle soudain que, jusqu’à mes 17 ans, je fréquentais exclusivement les rayons jeunesse à la bibliothèque locale. Je lisais beaucoup de Young Adult, de polar, d’historique, de romans d’aventures… et s’il y avait une petite histoire d’amour à côté, c’était encore mieux.

Et la deuxième réflexion, c’est qu’en réalité, le public est sûrement plus vaste pour ce genre de romans que pour une sorte de littérature élitiste inspirée des classiques. En d’autres termes, si mon objectif est de faire carrière, j’ai sans doute tout intérêt à écrire des romans commerciaux, davantage codifiés. Et ça, ça tombe bien, je m’en sens capable.

Commence alors la recherche de ce que je pourrais écrire… c’est-à-dire ce que j’aimerais écrire. Je m’intéresse dans un premier temps à la littérature jeunesse, puisque c’est ce que je connais le mieux. Je découvre à cette occasion le Stratemeyer Syndicate, qui était derrière la publication de séries telles que les enquêtes d’Alice Roy (Nancy Drew en version originale). Sa soi-disant autrice, Caroline Quine (Carolyn Keene en version originale), n’a jamais existé. Il s’agissait d’un pseudonyme recouvrant un ensemble de prête-plumes, parmi lesquels Stratemeyer lui-même et sa fille.

En fin de compte, je me tourne vers la romance. Je ne connais encore rien à la romance, mais je pense au fameux éditeur Harlequin, qui est connu pour ça. Je n’en ai jamais lu, mais qui sait? Ça pourrait me plaire, puisque j’adore les histoires d’amour; la preuve, je trouve toujours le moyen d’en caser dans mes projets.

Je commence donc à lire de la romance et à essayer d’en écrire. Le hic avec ce genre, c’est que les éditeurs francophones n’en veulent pas. Tout ce qui se publie en français, que ce soit du côté de Harlequin, de J’ai Lu et, plus récemment, de Milady, ce sont des traductions de l’anglais. Alors, j’oscille. Entre « mais c’est une super opportunité business, pourquoi est-ce que personne ne se lance dans la romance en francais? » et « tant pis, j’écrirai en anglais ».

En vrai, j’oscille à beaucoup de niveaux pendant ces années-là. Entre 2008 et 2009, je vais vivre dans quatre pays différents (République tchèque, Pologne, France, Canada), je vais tenter de m’inscrire dans trois cursus universitaires différents, et je vais enchaîner les petits boulots. Parce que j’ai beau avoir décidé de prendre l’écriture au sérieux, j’ai fait assez de recherches sur l’édition pour savoir que je ne suis pas près d’en vivre.

Objectivement, je continue donc à traiter l’écriture comme un passe-temps secret… Mais, au moins, j’ai les bases d’un plan : je sais ce que je dois écrire pour espérer en vivre un jour. Il s’agit de la réponse commune aux trois questions suivantes :

1. Que suis-je capable d’écrire?

2. Qu’est-ce que j’aime écrire?

3. Qu’est-ce qui a un public?

La suite, je t’en parlerai la prochaine fois… Dis-moi en attendant : que seraient tes réponses à toi à mes trois questions?

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