Faire la même chose et espérer un résultat différent

[Ce qui suit est un texte que j’ai écrit en juillet.]

Salut tout le monde!

J’ai envie de partager plein de choses en ce moment, mais les journées ne font que 24 heures et j’ai priorisé l’écriture dernièrement, ce que je ne regrette pas.

La dernière fois, je venais de terminer un premier jet, et un changement s’amorçait dans ma vision de ma propre écriture. Depuis, ce changement n’a fait que s’accentuer, au point même que je contredirais certaines observations que j’avais faites alors.

Aujourd’hui, je vais donc vous parler de la seconde « épiphanie » que j’ai vécue début juin, et qui, une nouvelle fois, me semble validée par mes récentes performances : j’ai écrit 30 000 mots dans les 5 dernières semaines, et ce malgré les vacances scolaires qui auraient dû me laisser moins de temps que d’habitude pour écrire. (Note : Je n’avais pas atteint un rythme d’écriture aussi élevé depuis des années.)

Mais, tout d’abord, retour au mois de juin : même si j’étais assez fière d’être arrivée au bout de mon premier jet (la romance fantasy), la fin avait été compliquée et poussive. J’appréhendais les révisions à venir, et je commençais aussi à craindre le moment où je me lancerais dans un nouveau projet. Et si je me retrouvais de nouveau bloquée?

C’est en écoutant le QuitCast de Becca Syme que j’ai eu ma révélation : je ne peux pas continuer à faire la même chose et espérer un résultat différent.

J’ai compris que, si je voulais éviter un nouveau blocage, j’allais devoir changer beaucoup plus que de simples tactiques. Par tactiques, j’entends tous les moyens et techniques qui s’appliquent à l’écriture elle-même : faire un plan ou ne pas en faire; écrire à l’ordinateur ou sur papier; écrire le matin ou le soir, etc.

Dans mon dernier article, j’ai listé certaines tactiques qui semblaient m’aider. Or, je me suis aperçue que je n’en avais suivi presque aucune — en tout cas, pas tout du long — lors de l’écriture de Nocturne, qui reste à ce jour ma référence en matière d’écriture de premier jet. (Dans sa dernière phase, j’ai écrit environ 37 000 mots en 18 jours, sans même écrire tous les jours. Et ces mots étaient bons; je les ai à peine touchés lors de la révision.)

Ceux qui me lisent ailleurs qu’ici savent qu’en plus de la « magie » à laquelle j’attribue l’inspiration, je parle souvent de mon rapport « superstitieux » à l’écriture. Je ne suis pourtant pas du tout superstitieuse en général; je suis même plutôt hermétique à toute croyance ésotérique.

Mais, pendant longtemps, je n’arrivais pas à qualifier autrement mon obsession à trouver un motif, un modèle qui sous-tendrait ma capacité à écrire. Puisque j’ai eu l’idée de Nocturne un 30 mai, si j’arrive de nouveau à avoir une idée un 30 mai, peut-être qu’elle me réussira autant que Nocturne m’a réussi?

Évidemment, cet exemple n’a pas de sens. Mais il s’avère que je n’étais pas si loin du compte! Becca Syme nous invite souvent à nous demander : qu’est-ce qui a fonctionné pour nous par le passé? Et, au fond, c’est ce que je faisais intuitivement. Sauf que je ne regardais pas au bon endroit…

Ça ne fait pas plus de deux ans que je me suis rendu compte, par exemple, qu’en 2017 (lorsque j’ai écrit Nocturne) je ne possédais pas de smartphone. En réalité, j’en ai acquis un vers la fin juillet, mais, pendant toute la première année, je ne l’utilisais presque jamais. Je n’avais installé aucune application, c’était juste un téléphone.

Et ce n’est qu’il y a un mois et demi, à force d’entendre Becca Syme répéter « question the premise » et qu’il y a beaucoup de façons différentes d’écrire et de mener une carrière d’écrivain, que j’ai pris conscience de certaines croyances, que j’avais hissées au rang d’évidences sans qu’elles n’aient jamais prouvé qu’elles me servaient. Au lieu de ça, c’est moi qui me suis évertuée à les servir, et c’est ce qui m’a bloquée à répétition.

L’une de ces croyances, c’est que planifier ma carrière allait m’aider. Beaucoup d’écrivains le font avec succès, et planifier m’aide beaucoup dans mes autres activités professionnelles. Je ne peux pas m’en vouloir d’avoir cru que je pouvais traiter l’écriture de la même manière.

S’ajoute à cela une nuance assez subtile : ça m’aide, y compris quand j’écris, de me fixer des objectifs mesurables. Par exemple, en ce moment, j’aimerais bien finir mon premier jet le 10 septembre. Avec Nocturne, mon objectif était d’écrire un épisode (7 500 mots) par semaine. Un peu comme dans l’écriture elle-même, il y a certains éléments d’un plan qui me sont nécessaires… et d’autres qui anéantissent toute ma créativité.

La première fois que j’ai tenté de planifier ma carrière d’écrivaine, c’était en 2016. Puis, début 2017, la garderie de mon fils a fermé, j’ai décidé de le garder à la maison, et tous mes plans se sont envolés par la fenêtre. Ça m’a pris plus de cinq ans pour réaliser quelle foutue bénédiction ça s’est révélé être…

Je n’aurais pas pu écrire Nocturne sans ça, sans avoir laissé tomber mon plan pour l’année. Parce que Nocturne ne faisait pas partie du plan. C’est une idée que j’ai eue le 30 mai, comme je l’ai déjà mentionné. Au début, c’était une idée de nouvelle; puis elle s’est métamorphosé en roman, et je l’ai suivie, je l’ai suivie jusqu’à 93 000 mots. Le seul roman publiable que j’ai écrit de ma vie. Sacrée ironie.

Je crois que je ne peux planifier que ce sur quoi j’ai déjà commencé à travailler. J’ai eu une excellente intuition en juin, qui s’est plutôt vérifiée jusqu’ici : j’aime me lancer en en sachant le moins possible. Dès que l’idée me vient, c’est là que je dois commencer à écrire. Si je la laisse mariner, mûrir, elle risque de se gâter.

Donc, il n’est pas nécessaire d’avoir l’idée un 30 mai, mais il est nécessaire de commencer à l’écrire dès le lendemain. (Paradoxalement, j’ai besoin de beaucoup de temps en plus de l’écriture pour penser à ce que je vais écrire.)

Il se trouve aussi que je crois beaucoup à l’importance de la structure, qu’il s’agisse d’un récit, du lancement d’un livre, d’une carrière. La structure détermine notamment l’ordre de certains évènements et leur rythme. Ma croyance erronée, c’était que j’avais besoin d’un plan pour structurer mon récit ou ma carrière.

Or, une structure peut être solide même quand on ne l’a pas créée consciemment. Nocturne est construit comme le voyage du héros, alors que je ne l’ai pas planifié ainsi.

Ou bien on peut établir une structure au fur et à mesure que l’on construit, sans jamais avoir de plan d’ensemble. C’est ce que je fais actuellement avec mon manuscrit en cours; je sais où je me situe dans la structure de mon récit, et ça peut m’aider à décider ce que je dois écrire ensuite. Mais je ne m’embête pas à voir plus loin que les quelques scènes suivantes.

Enfin, je pense qu’une autre croyance qui me faisait tenir à mon plan, c’était que, sans plan, je risquais de m’éparpiller et de ne jamais rien finir. Pour le coup, ce n’est pas une croyance totalement sans fondement… Depuis le temps que j’écris, j’ai commencé un nombre incalculable de projets, que je n’ai pour la plupart pas continué au-delà d’une scène ou d’un chapitre. Pendant des années, j’étais presque incapable de ne pas écrire impulsivement, de ne pas céder aux sirènes d’une nouvelle idée de roman.

Et, pendant ces quatre ans où j’ai pédalé dans la semoule, j’ai eu l’impression de retomber dans le même travers : je n’arrivais plus à rien finir.

Or, en réalité, la raison principale qui me faisait abandonner un projet pour un autre, il y a douze ans comme il y a deux ans, c’était la réalisation que le premier ne fonctionnait pas. En d’autres termes, il n’était pas suffisamment bon pour que je veuille continuer à travailler dessus. (Parce qu’un autre trait de ma personnalité, c’est que je déteste perdre mon temps.)

Le problème, c’est que j’ai écrit très peu de romans « suffisamment bons » dans ma vie… Cependant, en 2017, j’ai été capable de maintenir mon intérêt et ma concentration du 30 mai au 9 novembre, au travers d’un voyage en France et de plusieurs corrections de romans qui m’ont, à chaque fois, contrainte d’arrêter complètement d’écrire.

Et je le vis de nouveau en ce moment : quand je crois vraiment à un projet, ça déclenche au contraire mon hyperfocalisation. Je ne pense plus qu’à ça, je n’ai plus envie de faire que ça, et si je dois vraiment m’interrompre, j’ai juste hâte d’y retourner. Ça ne m’empêche pas d’avoir d’autres idées, de penser un peu à d’autres projets, mais la priorisation est facile et se fait toute seule.

Becca Syme a aussi écrit un livre qui s’appelle Dear Writer, Are You in Writer’s Block? et que j’ai trouvé encore plus utile, car plus concret, que celui sur l’écriture intuitive dont j’ai parlé dans mon dernier article. Elle y liste notamment les causes fréquentes l’un blocage d’écriture, et beaucoup d’entre elles m’ont paru très justes et tristement familières.

Désormais, si je devais expliquer le blocage qui m’a suivie pendant 4 ans, je saurais en identifier les causes… Mais la plus importante, celle qui l’a fait durer si longtemps, fut ma propre erreur : au lieu de régler les vraies causes, ou parfois de les accepter, j’ai tenté de forcer les choses. Et, comme un organe que l’on solliciterait trop tôt après une blessure, j’ai ainsi entretenu le problème, retardant sans cesse la guérison.

Pour refaire le lien avec le début de cet article, il me semble aujourd’hui que trois approches simultanées sont nécessaires face à un blocage :

  1. Oui, il y a des tactiques qui peuvent aider à les éviter ou à en sortir. C’est quand le blocage est dû à un facteur que l’on peut contrôler. La tactique peut consister à faire un plan ou à ne pas en faire, à chercher une information ou à échanger des idées avec quelqu’un. Ça peut être un rituel d’écriture à respecter, un environnement d’écriture à créer… Changer de lieu, changer de logiciel, changer de « méthode », etc.
  2. Mais il y a aussi… une grosse part de démystification et d’acceptation. Les blocages sont parfois inévitables, et ils ne sont pas forcément mauvais. Oui, tu as bien lu! Qui a dit qu’on devait être créative et productive 365 jours par an? Et pourtant, quand on se refuse le droit de ne pas réussir à écrire, c’est ce qu’on sous-entend. Certains écrivains peuvent être créatifs 365 jours par an, mais d’autres ont besoin de « recharger leurs batteries » (Becca Syme utilise les métaphores du champ qui doit être mis en jachère, et de la machine à pain qui doit cuire le pain pendant un temps donné avant qu’on puisse en sortir du pain comestible). Enfin, il y a aussi des évènements au-delà de notre contrôle qui peuvent nous bloquer (souvent de gros facteurs de stress, des chamboulements importants dans notre vie), et cela aussi, on ne peut que l’accepter et attendre que ça passe.
  3. Et enfin, il y a une sorte de maintenance créative à assurer sur le long terme. Son impact sur notre créativité est plus diffus : ce sont des actions qui ne garantissent pas, à elles seules, qu’on n’aura aucun blocage… Mais, un peu comme pour la santé, il s’agit d’habitudes de vie qui vont permettre de diminuer les risques.

Là aussi, à chacun-e de trouver les pratiques qui stimulent, favorisent et restaurent sa créativité. Ça inclut typiquement l’exposition à l’art d’autres personnes (comme lire des romans, écouter des films ou de la musique), des activités de détente (dormir, jouer à des jeux, sortir avec des amis, partir en voyage, faire du sport, du crochet, de la pâtisserie), mais aussi, celles qu’on oublie trop souvent, des limites, soit des actions négatives.

Pour moi, par exemple, c’est limiter le nombre de projets que je mène de front. Parce que je suis quelqu’un qui pense et réfléchit énormément aux choses à côté du temps que je passe à les faire… Et donc, plus je fais de choses, plus elles s’imposent à mon esprit, et moins elles me laissent de temps pour réfléchir à mon roman, ce dont j’ai absolument besoin pour réussir à écrire.

Pour cette même raison, les réseaux sociaux nuisent énormément à ma créativité. Parce qu’ils sont un concentré extrême de sujets, d’idées et de personnes, qui vont chacun mobiliser du temps de réflexion et de gestion émotionnelle (parce que je suis introvertie et qu’interagir avec des humains, même par écrans interposés, puise dans mes ressources), bien au-delà du temps réel et concret que je passe sur ces sites ou applications.

C’est pourquoi, pour ce mois de juillet 2022, j’avais pris la décision de couper complètement les réseaux sociaux pendant 30 jours… Mais cela, je t’en parlerai en détail dans un autre article, si ça t’intéresse.

Publicité

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s