Une question de vie ou de mort

En temps normal, j’écoute pas mal de podcasts et de vidéos YouTube au quotidien, pendant que je fais soit du yoga, soit du ménage ou de la cuisine. Mais, dernièrement, rien ne me fait envie. Je crois que c’est parce que je travaille déjà sur beaucoup de projets en ce moment. J’ai déjà la tête pleine de tout ce que je dois faire et tout ce à quoi je dois penser, sans m’ajouter en plus les réflexions et les préoccupations d’autres personnes.

À la place, j’écoute de la musique ou bien je reste seule avec mes propres pensées. Quand je suis suffisamment lancée dans un projet d’écriture (et, de toute évidence, lorsque je travaille sur moins de choses à la fois, car, actuellement, tout mon espace mental est colonisé par mes autres projets), je peux aussi en profiter pour en avancer la rédaction dans ma tête.

J’ai tout de même écouté la semaine dernière cette vidéo d’Abbie Emmons, et je ne le regrette pas, car il y a une pépite à la fin : sa réponse à la dernière question. Quelqu’un lui demande comment rendre un protagoniste attachant et proactif quand la première chose qui lui arrive dans le roman, c’est de se faire enlever, emprisonner, bref, priver d’agentivité.

Abbie donne plusieurs bons trucs, mais il y a une remarque en particulier qui m’a marquée. Car je réalise que c’est précisément l’un des écueils dans lesquels je suis tombée par le passé avec mon projet en cours (Nocturne). Elle dit : il faut que l’enjeu aille au-delà d’une question de vie ou de mort, de simple survie. Parce qu’un tel enjeu n’est pas intéressant.

Et c’est tout à fait ça. Ce n’est pas intéressant, parce qu’en ramenant le protagoniste à son instinct le plus basique et le plus universellement partagé, ça ne nous dit rien de qui il est. Ce qu’il faut, c’est arriver à montrer en quoi sa vie est importante. Ce que la vie, sa vie représente pour lui… et, peut-être, de son point de vue, pour d’autres. Ce qui est réellement derrière son envie de vivre, si on veut.

J’ai mentionné dans mon dernier billet que j’avais fixé l’intrigue générale de mon roman. J’ai ensuite séparé les différentes intrigues pour m’assurer que chacune tenait debout et était suffisamment étoffée. Une des difficultés de ce roman, c’est qu’il y a beaucoup d’intrigues parallèles et qu’il faut les faire fonctionner toutes ensemble. C’est peut-être ce qui m’a conduit à trop intellectualiser l’intrigue, et à ne plus réussir ensuite à l’écrire à l’inspiration, d’une façon naturelle, c’est-à-dire qui soit portée par les émotions authentiques des personnages.

Cette fois, j’ai donc décidé de faire aussi simple que possible. Déjà, j’ai abandonné l’idée de mêler à cette nouvelle romance la suite de la première (celle de la saison 1)… ou, en tout cas, de l’écrire en parallèle. Je l’écrirai dans un deuxième temps, et je déciderai alors si je veux la répartir par morceaux dans cette saison 2, ou si j’en fais un récit à part, une sorte de novella intermédiaire dans le même univers. Idem pour le couple de la saison 3. Deux protagonistes, c’est déjà bien suffisant.

Il me reste donc trois intrigues : l’intrigue principale, qui est la romance entre les protagonistes — G et H. L’enquête ou intrigue policière, qui est essentiellement liée au point de vue de G, qui est policière de son état. Et, enfin, l’intrigue politique qui se joue du côté de H. (C’est celle-là qui a été la plus longue et difficile à construire.)

Vu comme ça, équilibrer mes intrigues est aussi une façon d’équilibrer le rôle et l’importance de mes deux protagonistes. S’il y a quelque chose qui m’agace en romance, quand on a droit aux points de vue alternés, c’est d’avoir l’impression qu’une des deux parties du couple a plus de « temps d’écran » que l’autre, ou a une évolution personnelle ou professionnelle beaucoup plus développée que l’autre.

Ce roman est une « saison » en ce qu’il est en réalité constitué de 12 épisodes. Chaque épisode fait entre 7500 et 8000 mots, et la règle que j’avais suivie pour la saison 1, c’est que chaque épisode devait contenir au moins trois éléments : un sujet principal que les lecteur-ices s’attendent à voir traité (dans le premier épisode, il est déterminé par l’élément déclencheur; dans les suivants, par le cliffhanger ou la question posée dans le précédent); un rebondissement inattendu; et, à la fin, soit un nouveau rebondissement inattendu (un cliffhanger), soit une question claire à laquelle on n’a pas encore apporté de réponse.

J’ai repris ce schéma en trois temps et j’ai essayé de le remplir pour chaque intrigue. Si vous avez bien calculé, ça donne un total de 9 évènements qui se passent dans chaque épisode. Sauf qu’en réalité, il ne s’agit pas forcément d’évènements distincts; parfois, c’est le même qui fait double emploi. C’est même l’idéal, d’avoir des péripéties qui font avancer plus d’une intrigue en même temps… Ça leur donne d’autant plus d’épaisseur et d’enjeux. Et, vers la fin, j’ai prévu moins d’évènements, car ceux-ci vont prendre plus de place.

Maintenant, tout ça, il faut l’écrire.

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Prologue

Il pleut. Ah! les pluies d’avril… Au début du mois, quand la dernière neige disparaît, l’herbe est jaune de n’avoir pas vu le soleil pendant des mois. Puis il pleut, à fond, plusieurs jours d’affilée. Et quand le soleil revient, l’herbe est verte, éclatante.

J’ai décidé de prendre un risque. (Car j’aime vivre dangereusement.) J’ai un manuscrit dont il me manque peut-être 15 000 mots pour finir le premier jet. J’aimerais bien le finir, mais comme je n’y arrive pas, j’ai décidé de me remettre à un autre projet entre temps.

Alors, oui, bien sûr, j’ai la hantise du manuscrit inachevé. Mais… pas tant que ça. Les manuscrits qui restent réellement, éternellement inachevés sont ceux qui n’allaient nulle part. Dont le début même aurait besoin d’être réécrit, avant de pouvoir être finis. Ce n’est pas le cas de ce manuscrit-là. Je pense que j’arriverai à le finir. Mais pas maintenant.

S’il y a une chose que j’ai finalement comprise l’an dernier, c’est que je n’arrive pas à écrire par la seule force de ma volonté, ou, autrement dit : en « faisant le travail » ou en y « mettant le temps ». J’écris à l’inspiration, et juste à l’inspiration.

Je sais que ça va contre la doxa en écriture, alors je vais m’expliquer un peu. Je suis évidemment capable de m’asseoir avec un crayon ou un ordinateur et d’écrire. Mais produire du texte n’a pas d’intérêt pour moi. Ce qui m’intéresse, c’est de dire quelque chose. Quelque chose qui vaille la peine d’être dit. Et ça, ça ne se commande pas.

Quand j’écris en me forçant, quand je me contente de produire du texte, j’ai la sensation d’être cette usine de souliers en URSS, qui produisait des tas de souliers qu’on ne pouvait pas porter…

Ce que les détracteurs de l’inspiration disent, c’est que si l’on n’écrit que quand on est inspiré, alors, si l’on n’est pas inspiré pendant de longues périodes, de même on n’écrira pas pendant de longues périodes. (Et ça, c’est vrai que ce n’est pas compatible avec une carrière dans l’industrie littéraire.) Mais est-ce seulement vrai que l’on puisse être sans aucune inspiration pendant de longues périodes?

En ce moment, je n’ai pas d’inspiration pour terminer mon roman en cours. Mais ce n’est pas vrai que je n’ai de l’inspiration pour rien; depuis plusieurs semaines, j’ai même plutôt l’impression de ronger mon frein, de devoir me retenir, me canaliser. Parce que j’ai d’autres idées qui me viennent pour d’autres de mes projets, mais je m’empêchais d’y penser pour ne pas me distraire, pour finir en priorité celui qui était entamé.

Et ça se comprend. Mais, si c’est pour finir dans un nouveau blocage d’écriture, c’est non. Plus que la hantise du manuscrit inachevé, j’ai désormais la hantise du blocage d’écriture. Le blocage d’écriture, non pas défini comme l’incapacité matérielle d’écrire, mais comme l’incapacité d’écrire quelque chose d’inspiré. De vraiment cool, si tu veux. Qui est aussi l’incapacité de prendre son pied en écrivant.

Durant ces quatre années de blocage, j’ai souvent tenté de retrouver l’inspiration en changeant de projet. J’ai calculé que j’avais travaillé (sérieusement, pas juste des notes) sur pas moins de 12 projets pendant cette période. J’ai même réussi à boucler un premier jet d’environ 45 000 mots. Ça ne m’a pas pour autant guérie de mon blocage, je l’ai juste trimballé d’un projet à l’autre.

Le problème était peut-être que je voulais une solution extérieure à un problème intérieur. Quelle est la recette du succès? S’obstiner, ou changer de projet? Maître, dis-moi ce que je dois faire. Bien sûr, je pense que si notre façon de faire ne va pas, il faut faire autrement. Mais ça ne signifie pas qu’on faisait mal, ou qu’une autre façon de faire est la solution. C’est juste que faire autre chose permet souvent de faire bouger l’intérieur, ce qui se passe dans la tête, si tu veux.

Si on ne peut pas commander l’inspiration, alors il faut la suivre.

J’ai donc repris le projet maudit. Celui que j’ai essayé de réécrire plus de dix fois au cours de ces quatre dernières années. J’ai fait un plan. En fait, non, j’ai commencé par jeter les idées que j’avais, les éléments et les tropes que j’avais envie d’inclure dans ce roman. J’ai procrastiné, j’ai fini ma lecture de Romancing the Beat de Gwen Hayes et j’ai commencé His Beauty de Jack Harbon, une réécriture de La Belle et la Bête. Je devrais écrire de la « monster romance » (de la romance où l’un des amoureux est un monstre) et lancer cette mode en français. Il faut que j’assume que mon héros est un meurtrier et un milliardaire (il est aussi chef d’État, c’est le vrai tiercé diabolique).

J’ai maintenant les conflits internes de mes protagonistes, les aspects des tropes que je dois mettre en avant, et les grandes lignes d’une intrigue qui reprend finalement pas mal de matière de mes derniers plans pour ce projet, mais qui est mieux, je pense, beaucoup mieux. J’ai l’impression qu’être allée écrire autre chose — pas juste avoir fait une pause, mais m’être immergée dans et passionnée pour une toute autre histoire — m’a donné un nouveau souffle pour aborder celle-ci.

Et peut-être que la fin n’a pas à être aussi triomphale que je le croyais. Est-ce qu’on peut seulement écrire une fin triomphale quand on parle de politique?

Re

J’ai dit la dernière fois que j’avais une nouvelle idée pour ce blog/site. Ce n’est pas qu’elle est tombée dans l’oubli, mais plutôt que j’ai fini par la réaliser sur un autre support. En tout cas, pour l’instant. C’est là, si vous voulez voir de quoi il s’agit :

La Fée éditoriale (subscribepage.com)

J’aimerais bien en faire un petit site Web à terme (et donc j’avais pensé à celui-ci, et qu’il pourrait y avoir un blog où je réutiliserais peut-être mes anciens articles et tout et tout), mais, actuellement, ça m’arrange de passer par MailerLite, parce que c’est vraiment le bazar dans mes affaires virtuelles.

Par exemple, ça fait un moment que j’ai envie de me remettre au blog dans son essence première : ne pas m’embêter à construire des articles super bien organisés, rédigés, sourcés, SEO-friendly etc, mais juste partager mes pensées du moment par rapport à l’écriture (parce que j’en ai vraiment beaucoup, et parfois j’utilise Twitter pour ça, mais je crois que ce n’est pas le bon public, car ce genre de fil y fait toujours un flop).

Ça pourrait être une catégorie à part de mon blog sur mon site d’autrice, et sans doute même que ce serait la solution la plus sensée… Mais ça fait un moment que j’ai envie de refaire ce site, et tant que je ne l’ai pas refait, je n’ai pas envie d’y lancer un nouveau projet. C’est peut-être stupide, mais rien que la typo et la présentation des articles, au moment de les publier, risque de m’énerver.

Alors qu’ici, c’est comme un champ en friche, je peux faire table rase, choisir un nouveau thème, ça ne prendrait pas trop de temps… Bon j’ai reçu un ping l’autre jour, ça m’embête un peu de supprimer constamment des articles que certaines personnes aimeraient peut-être pouvoir retrouver. Mais ça m’embête aussi de laisser traîner dans la nature des choses qui ne me semblent pas excellentes.

C’est le paradoxe d’ailleurs de ce type d’articles un peu « recherchés », c’est qu’ils vieillissent moins bien que des billets sans prétention où on raconte sa vie ou son humeur. C’est un peu le principe des encyclopédies ou des manuels qui doivent être régulièrement mis à jour, alors que les journaux intimes et les lettres, aussi imparfaits soient-ils, méritent de rester comme ils sont, parce que c’est là leur intérêt, d’avoir capturé un moment qui ne sera jamais plus.

Le seul aspect qui m’agace ici, ce sont les pubs quand on n’est pas connecté à WordPress. Aucune solution n’est parfaite, n’est-ce pas?

Petit bilan 2021 et mise à jour

Salut à toi qui passes par ici,

j’ai écrit dans mon dernier billet que je prenais une pause pendant l’été et que j’essaierais d’être de retour à la rentrée. Cela n’est pas arrivé, car le chantier que j’ai entrepris avec ma maison d’édition m’a finalement pris tout mon temps! Mais je ne le regrette pas; ce qu’on est en train de faire de Laska à 5 me remplit d’espoir et de motivation pour la suite, et notamment pour l’année prochaine. Je n’en dirai pas plus, car, si ces coulisses-là t’intéressent, tu es sans doute déjà abonné-e à notre Laska-zine. Et, si tu n’es pas très branché-e email, mais que tu aimerais garder un oeil sur le projet, tu peux aussi désormais nous suivre sur Instagram, Twitter et Facebook.

J’ai suspendu ma page Patreon, puisqu’elle était liée à ce blog, et que je n’y écrivais plus. Elle existe cependant toujours dans mon compte Patreon (que j’utilise aussi pour faire mes propres dons à quelques artistes et écrivaines), donc il me sera toujours possible de l’actualiser et de la relancer un jour, s’il y a lieu.

Globalement, je n’ai pas réussi en 2021 à tenir les résolutions et les objectifs que je m’étais fixés en début d’année, que ce soit par rapport à l’écriture, à ma maison d’édition ou à ce blog. Pour autant, je ne me sens pas découragée, au contraire, et je vais essayer de t’expliquer pourquoi.

Cette année, je me suis éparpillée dans beaucoup d’impasses et de fausses pistes, ce qui fait que je n’ai objectivement presque pas avancé par rapport à cette même date il y a un an. La grande différence, c’est que j’ai le sentiment d’avoir enfin trouvé le bon chemin : celui qui va, pour le coup, me mener à une destination. C’est juste que je suis tombée dessus tard dans l’année, et je n’ai donc pas encore eu le temps matériel d’en profiter beaucoup (voire pas du tout, dans le cas de ce blog).

Je pourrais aussi te dire que mes intentions n’ont pas changé depuis un an (puisque j’en suis toujours au même point), mais que le plan que j’ai devant moi me semble infiniment mieux foutu que l’improvisation à laquelle je me suis livrée cette année. Rien que ce blog… En le relisant, je trouve déjà qu’il n’est pas super bien écrit, mais, surtout, je ne comprends plus du tout à posteriori quelle était l’ambition que j’avais pour ce format.

Je pense que cette dernière version du blog était le résultat d’un mélange confus de besoins : de clarifier certaines choses pour moi-même, de me mettre la pression en devant rendre des comptes publiquement, de partager certaines idées qui me semblaient bonnes ou utiles (mais à qui, pourquoi? je ne saurais le dire)… Des intentions qui se justifient, bien sûr, mais qui d’une part sont très distinctes les unes des autres, et d’autre part, le format blog n’y est pas forcément le plus adapté. Seulement, sur le coup, je n’avais pas de vision plus claire de comment faire mieux.

Cette vision, je crois que je l’ai aujourd’hui. J’ai aussi dit dans mon dernier billet que j’allais essayer de joindre mon désir de former/aider d’autres écrivain-es à ma maison d’édition… Finalement, maintenant qu’on est dans le concret, je peux t’annoncer que ce ne sera pas pour tout de suite! Mais l’enjeu de fond est toujours le même : quand on a des désirs et des besoins multiples, et un temps limité, comment est-ce qu’on organise ses projets pour atteindre un équilibre optimal?

Et je ne parle pas juste d’organiser nos différents projets les uns par rapport aux autres (lesquels on priorise, combien de temps on assigne à chacun d’eux etc). Mais aussi : en quoi devraient consister les projets eux-mêmes? Car on ne peut pas se permettre de lancer un projet par désir/besoin/intention. Ça en ferait beaucoup trop et, en pratique, ça reviendrait donc à sacrifier certains désirs/besoins/intentions.

La solution est donc de réussir à combiner le maximum de ces désirs, besoins et intentions dans chaque projet… Et ça, c’est loin d’être une équation facile à résoudre. Tous les désirs et besoins ne se combinent pas bien ensemble; or, une mauvaise combinaison peut condamner un projet à l’échec. Et un projet qui échoue ne comble par définition aucun désir ni aucun besoin. C’est un peu ce qui s’est passé avec ce blog. C’est aussi un peu ce qui était en train de se passer avec ma maison d’édition, avant que je redresse la barre.

Bref, toute cette tartine pour introduire le fait que j’ai une nouvelle idée pour ce blog… Qui est surpris-e?

Cela dit, c’est l’un de mes projets les moins prioritaires (la maison d’édition et l’écriture passent avant, eh oui), donc je ne sais pas quand je pourrai vraiment m’y mettre, ni à quelle vitesse j’arriverai à le mettre en place.

En attendant, si tu veux des conseils d’écriture de la part d’éditrices (dont moi), inscris-toi à Destination Édition, la liste de Laska pour les auteur-ices : lien vers le formulaire d’inscription.

Et si tu veux participer à mon défi « écrire une romance en 80 jours » sur Twitter, ou juste suivre l’avancement de la mienne, j’ai lancé le # Romance80jours. (Lien vers mon compte Twitter)